Les nouveaux ravageurs

Caenocoris nerii, punaise africaine inféodée aux lauriers-roses est en France depuis 2014 © Gilles Carcassès

Caenocoris nerii : cette punaise originaire d’Afrique et du Moyen-Orient, inféodée aux lauriers-roses, est en France depuis 2014 © Gilles Carcassès

Si certaines arrivées de ravageurs sont dues aux changements climatiques (c’est le cas de la chenille processionnaire du pin qui progresse régulièrement vers le nord), la plupart des invasions sont directement liées aux activités humaines et notamment au commerce. Et le mouvement s’est accéléré avec la rapidité et l’intensité des transports sur les longues distances. Ainsi l’histoire contemporaine de ces invasions retrace essentiellement celle des échanges internationaux entre l’Europe et l’Amérique, puis du monde entier avec l’Asie.

Les insectes ravageurs d’origine américaine sont souvent liés aux cultures rapportées d’Amérique par les explorateurs à partir au 16ème siècle. Après des siècles de séparation, ils ont retrouvé leurs plantes hôtes et se sont comportés en redoutables invasifs lorsqu’ils sont arrivés sans leurs prédateurs naturels. Dans cette catégorie de ravageurs d’espèces américaines introduites, on peut citer par exemple :

  • la bruche du haricot (arrivée en France en 1874),
  • le doryphore de la pomme de terre (1922),
  • la chrysomèle du maïs (2002)
  • le phytopte du fuchsia (2003),
  • la cécidomyie du robinier (2007)
  • la mineuse de la tomate (2008).

Certains ravageurs américains se sont accommodés de nos plantes européennes, indigènes ou acclimatées :

  • le phylloxera de la vigne (1863),
  • le tigre du platane (1975)
  • la cicadelle pruineuse  (1985),
  • le papillon palmivore (2002)
  • la punaise américaine du pin (2005),
  • la mouche du brou de la noix (2007).

L’importance des ravageurs asiatiques a beaucoup progressé ces dix dernières années et dépasse maintenant 50% des introductions. On peut citer par exemple :

D’autres ravageurs nous sont arrivés d’Europe de l’Est, des Balkans ou d’Asie Mineure :

  • l’escargot turc (1883),
  • la mineuse du marronnier (2000),
  • la mouche mineuse du poireau (2003).

Le bataillon des ravageurs invasifs d’origine africaine est beaucoup plus clairsemé :

Corytucha ciliata, le tigre du platane - Cergy © Gilles Carcassès

Corythucha ciliata, le tigre du platane – Cergy © Gilles Carcassès

L’histoire des ravageurs invasifs ne se vit pas à sens unique, ainsi le bombyx disparate, papillon européen introduit en Amérique en 1869 est là-bas un véritable fléau.

Que les ravageurs invasifs que j’ai oubliés veuillent bien m’excuser, je n’ai pas voulu faire une liste exhaustive, elle serait beaucoup trop grande pour ce modeste article (102 nouveaux insectes ravageurs sont arrivés en France rien qu’entre 2000 et 2014) !

Les actes du colloque « ravageurs et insectes invasifs et émergents » – Montpellier – 2014 – AFPP

 

Elle mange mes framboises !

Chenille de Celastrina argiolus © Gilles Carcassès

Chenille de Celastrina argiolus © Gilles Carcassès

Oh, la gourmande ! Elle a fait un gros trou dans une framboise mûre de mon jardin. Comme elles ne sont pas trop nombreuses à avoir ce look en rose et vert, les lépidoptéristes du forum Le monde des insectes ont facilement reconnu Celastrina argiolus, l’azuré des nerpruns.

Celastrina argiolus - Cergy © Gilles Carcassès

Celastrina argiolus – Cergy (au bord de l’autoroute A15) © Gilles Carcassès

Celastrina argiolus est un papillon de la famille des Lycaenidae. Ses ailes sont bleues bordées de noir sur le dessus, et leur revers est gris parsemé de quelques petits points noirs.

Les chenilles de la génération de printemps se nourrissent surtout sur le cornouiller sanguin et le houx. Celles de la génération estivale sont plutôt sur le lierre. Elles ne dédaignent pas non plus le buis, la ronce, le framboisier, le buddleia, l’ajonc, le robinier, le baguenaudier, le nerprun, les genêts, la callune, la salicaire, la bourdaine, la myrtille, le fusain, le galéga, la coronille variée… Le papillon est aussi commun que peuvent l’être ses plantes hôtes et est présent dans toute la France.

Cornouiller, houx, lierre : vous l’aurez deviné, l’azuré des nerpruns est un habitué des lisières de boisement.

Les phytos, on arrête !

Houes de désherbage en action à Vauréal @ Fête de la Nature

Houes de désherbage en action à Vauréal @ Kogito.fr pour la Fête de la Nature

Jardiniers des collectivités, à compter du 1er janvier 2017, vous ne pourrez plus utiliser de produits phytosanitaires. Le détail des dispositions de la loi Labbé mérite cependant une lecture attentive, pour bien en comprendre le périmètre et les subtilités.

Qui est concerné ?

La loi vise l’Etat, les collectivités locales et leurs groupements ainsi que les établissements publics, qu’elles interviennent par les moyens de leurs régies ou par d’autres moyens, comme les services de prestataires.

Quels espaces sont concernés par cette interdiction ?

Les espaces verts, les promenades, les forêts, et les voiries sont visés par la loi.

Fossé de collecte des eaux pluviales à Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

Fossé de collecte des eaux pluviales à Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

Rappelons que restent applicables les interdictions et restrictions définies par des textes antérieurs, dans les espaces suivants :

– les plans d’eau, fossés, étangs, mares, collecteurs d’eaux pluviales, cours d’eau et leurs abords (arrêté du 12 septembre 2006),

– les espaces habituellement fréquentés par les enfants dans l’enceinte des établissements scolaires, des crèches, des haltes garderies et des centres de loisirs ainsi que les aires de jeux et les établissements de santé (arrêté du 27 juin 2011).

Quelles sont les exceptions prévues par la loi ?

Les produits de biocontrôle, ceux qualifiés à faible risque ainsi que ceux qui sont utilisables en agriculture biologique (UAB) pourront continuer à être utilisés.

Les traitements obligatoires dans le cadre de la lutte contre les organismes réglementés échappent également à ces mesures d’interdiction.

En ce qui concerne les voiries, la loi de transition énergétique dans son article 68 a introduit une exception pour les zones étroites ou difficiles d’accès, ainsi formulée : Par exception, l’utilisation des produits phytopharmaceutiques est autorisée pour l’entretien des voiries dans les zones étroites ou difficiles d’accès, telles que les bretelles, échangeurs, terre-pleins centraux et ouvrages, dans la mesure où leur interdiction ne peut être envisagée pour des raisons de sécurité des personnels chargés de l’entretien et de l’exploitation ou des usagers de la route, ou entraîne des sujétions disproportionnées sur l’exploitation routière.

Que sont donc les « produits à faible risque » ?

Les produits à faible risque sont soit des substances de base, soit des biostimulants.

Les substances de base et leurs conditions d’usage sont présentées dans le site de l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique (ITAB). En voici deux exemples qui peuvent être utiles aux jardiniers des collectivités :

  • La décoction de prêle réalisée selon une recette précise est une substance de base fongicide utilisable sur certaines cultures, dont la vigne.
  • Le vinaigre de qualité alimentaire est reconnu comme substance de base et peut être utilisé pour désinfecter les outils de taille des arbres et arbustes. Mais le vinaigre, et encore plus l’acide acétique, ne sont pas autorisés en tant que désherbant !

Les biostimulants sont définis par le décret du 27 avril 2016 et une liste a été établie. Ainsi les macérations ou décoctions de plantes telles que l’ail, l’ortie, la sauge, le gingembre, les queues de cerises… sont reconnues comme des biostimulants, sans effets nocifs sur la santé des hommes et des animaux ni sur l’environnement. Et sans effets scientifiquement établis sur les plantes…

Etonnamment, cette liste contient une faute, répétée 3 fois : le févier est appelé « Gleditschia » au lieu de Gleditsia. Je vais me plaindre auprès du Monsieur pesticide du Ministère de l’Ecologie (qui n’y est pour rien).

Comment reconnaître les produits utilisables en agriculture biologique ?

Le guide des produits de protection des cultures utilisables en France en agriculture biologique est régulièrement mis à jour et publié sur le site de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). Les produits qui concernent les jardiniers professionnels sont ceux rattachés aux usages « cultures ornementales ».

Et pour les produits de biocontrôle ?

On dispose depuis le 31 mars 2016 d’une liste officielle des produits de biocontrôle. Mais sur 200 produits répertoriés, seulement une trentaine seraient utilisables en zones non agricoles. Lesquels ? Pour le savoir, il faut interroger pour chaque produit le site e-phy anses et vérifier que ses usages autorisés correspondent bien au besoin identifé sur espace vert.

Pour le fun, je précise que cette liste récente n’est déjà plus à jour car elle indique plusieurs produits qui ont été retirés depuis et ne sont donc plus utilisables… Mais c’est mieux que ne pas avoir de liste.

Pour les curieux : Notre petit lexique des pesticides

La fausse chenille du faux sureau

On trouve parfois au bord des chemins d’imposantes touffes de sureau yèble. Cette espèce voisine du sureau noir s’en différencie principalement par deux caractéristiques : c’est une plante herbacée et ses corymbes sont dressées. Attention ses fruits sont toxiques, contrairement à ceux du sureau noir !

Sambucus ebulus, le sureau yèble - Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

Sambucus ebulus, le sureau yèble – Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

J’ai trouvé une belle station de ce « faux sureau » le long de l’Oise à Neuville. Ses feuilles étaient toutes grignotées par des larves semblables à des chenilles. Mais avec huit paires de fausses pattes abdominales (munies de ventouses),  ce sont assurément des « fausses chenilles », car les vraies chenilles n’en ont que cinq paires au maximum.

fausse chenille de Macrophya - Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

Fausse chenille de Macrophya – Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

Ces fausses chenilles ne donneront pas des papillons mais des hyménoptères symphytes. Ceux-ci ressemblent plus ou moins à des guêpes, qui auraient oublié d’avoir la « taille de guêpe ».

Sur les sureaux, ont peut rencontrer quatre espèces de symphytes, du genre Macrophya. Les adultes de ce genre se reconnaissent à leurs hanches postérieures très développées, ce qui leur donne un air de fausses sauterelles.

© Gilles Carcassès

Les larves de ce Macrophya militaris vivent sur les ronces. © Gilles Carcassès

Une rencontre étonnante avec d’autres larves de symphytes

Le chardon Roland

Le chardon Roland, même s’il porte de solides épines, n’est pas un chardon, du moins pas au même titre que les Carduus et les Cirsium, car ce n’est pas une Asteraceae. Le panicaut champêtre (son autre nom vernaculaire) appartient à la famille de la carotte, du persil et du fenouil : les Apiaceae.

Eryngium campestre © Gilles Carcassès

Eryngium campestre – Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

Comme toutes les Apiaceae, il est assidument visité par les pollinisateurs, intéressés par son nectar.

© Gilles Carcassès

Ce joli hyménoptère butine les fleurs du panicaut champêtre © Gilles Carcassès

En Ile-de-France, Eryngium campestre est le seul représentant du genre. Il croît dans les prairies pâturées, les talus, les bords des champs, les jachères, sur sol calcaire.

On cultive dans les jardins d’autres espèces généralement plus colorées, comme Eryngium bourgatii et Eryngium planum, deux espèces montagnardes.

© Gilles Carcassès

Aménagement routier à Achères avec Perovskia, Eryngium et graminées © Gilles Carcassès

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Qu’ils soient à fleurs bleues ou vertes, tous les Eryngium sont très appréciés des bourdons © Gilles Carcassès

Ce sont de bonnes plantes pour des jardins d’allure un peu sauvage. Attention cependant, ces plantes peu exigeantes quant à la nature du sol se ressèment facilement, parfois même où on ne voudrait pas les voir, comme les caniveaux et les fissures de trottoirs…

 

Le téléphore fauve

Rhagonycha fulva, le téléphore fauve - Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

Un couple de téléphores fauves (Rhagonycha fulva) – Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

Rhagonycha signifie « aux ongles fendus ». Il faudrait regarder de bien près ! Pour reconnaître cette espèce, les critères sont les suivants : longues antennes noires, thorax roux uni et brillant, élytres brun-roux aux extrémités noires, pattes rousses aux tarses noirs.

Le téléphore fauve est l’un des coléoptères les plus courants sur les ombelles en été. Ces coléoptères se nourrissent de pollen mais aussi de pucerons et d’autres petits insectes qui visitent les fleurs. Leurs larves carnivores vivent au sol et consomment des insectes et des escargots.

Jardiniers, si les téléphores fauves ont pris d’assaut les fleurs de carotte ou de berce commune dans votre jardin, réjouissez-vous : les auxiliaires sont là !

A la fenêtre de mon bureau

Pigeon ramier - Cergy © Gilles Carcassès

La toilette du pigeon ramier © Gilles Carcassès

Un pigeon fait sa toilette.

© Gilles Carcassès

Pigeon ramier © Gilles Carcassès

On reconnaît son espèce aux plumes blanches qui ornent les côtés de son cou : c’est un pigeon ramier. Autrefois, il habitait uniquement dans les zones boisées. On le voit de plus en plus en ville et il ne dédaigne plus les corniches des bâtiments pour installer son nid, comme le pigeon domestique. Il niche même sur la tour Eiffel ! Nos 40 000 pigeons ramiers franciliens sont largement sédentaires. De mi-octobre à fin novembre, plusieurs milliers de ramiers venant d’Europe du Nord survolent notre territoire. Au carrefour de plusieurs routes migratoires, plus d’un million d’entre eux franchissent chaque année les cols pyrénéens en Pays Basque. Les chasseurs les appellent des « palombes ».

© Gilles Carcassès

Pigeon ramier © Gilles Carcassès

Alerte ! Il m’a repéré.

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Pigeon ramier – Cergy © Gilles Carcassès

Prudemment, il décide de se déplacer vers la fenêtre du bureau d’à côté…