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Les jolies demoiselles de l’île de loisirs

Au sein de la colossale communauté des insectes, l’ordre des Odonates est une bien petite entité  : 102 espèces en France pour près de 8000 espèces d’hyménoptères et 9600 espèces de coléoptères.

Voici quelques portraits tirés d’une exploration à l’Ile de loisirs de Cergy-Pontoise, le 28 mai 2015, lors d’une formation organisée par Natureparif :

Platycnemis pennipes – agrion à larges pattes

 © Marion Poiret
Platycnemis pennipes a les tibias enflés ! © Marion Poiret

Comme son nom l’indique, les tibias de cette demoiselle sont fortement élargis. Deux bandes claires se dessinent également sur les côtés de son thorax.

Les principaux critères d’identification des odonates, souvent visibles à l’œil nu, sont accessibles aux débutants (la couleur et les motifs de l’abdomen et du thorax, la couleur et l’écartement des yeux…). Avec seulement 59 espèces recensées en Ile-de-France, la détermination c’est donc du gâteau pour les novices ?

Pas si sûr, c’est compter sans le dimorphisme sexuel et la variabilité chromatique au sein d’une même espèce, notamment selon l’âge de l’individu. Ainsi, si les mâles adultes sont assez facilement identifiables, l’affaire se complique dès que l’on croise une femelle ou un individu immature.

Ischnura elegans – agrion élégant

 © Marion Poiret
Ischnura elegans – agrion élégant.  Les segments abdominaux 3 à 7 sont noirs au niveau du dos. Le 8ème segment abdominal est bleu. Chez les mâles, les ptérostigmas sont nettement bicolores. © Marion Poiret
 © Marion Poiret
Ischnura elegans – agrion élégant. Femelle, forme rose © Marion Poiret

Le dimorphisme sexuel s’exprime principalement par la couleur qui est, en général, plus vive chez les mâles. Cependant, chez certaines espèces, la couleur de la femelle peut être identique à celle du mâle. Ces femelles dites andromorphes sont fréquentes chez les caloptéryx et dans la famille des coenagrions (notamment chez Ichnura elegans).

Chez les femelles d’Ischnura elegans, il existe aussi des variations importantes de coloration au niveau du thorax.

 © Marion Poiret
Ischnura elegans – agrion élégant. Femelle, forme violette © Marion Poiret

Chez Calopteryx splendens – calopteryx éclatant, le corps du mâle est bleu-vert métallique.

 © Marion Poiret
Calopteryx splendens – caloptéryx éclatant. © Marion Poiret
 © Marion Poiret
Calopteryx splendens – caloptéryx éclatant. Détail de l’aile © Marion Poiret

L’espèce se distingue par la position et la taille de la barre bleue-nuit qui opacifie ses ailes arrondies. Cette tache concerne la partie centrale de l’aile sans aller jusqu’aux extrémités qui restent translucides. Les femelles sont vert bronze avec des ailes verdâtres et légèrement fumées.

 © Marion Poiret
Calopteryx splendens – caloptéryx éclatant, individu femelle – Son ovipositeur (organe sexuel situé sous les 8ème et 9ème segments abdominaux), servira à insérer les œufs dans les tissus végétaux des plantes aquatiques.  © Marion Poiret

Les femelles de caloptéryx peuvent s’immerger totalement dans l’eau pour aller pondre. Les caloptéryx sont des demoiselles typiques des bords d’eau courante.

Enallagma cyathigerum – agrion porte-coupe

 © Marion Poiret
Enallagma cyathigerum – agrion porte-coupe. © Marion Poiret

Le dessin du deuxième segment abdominal représente une coupe posée sur un socle (ou un champignon) chez le mâle. Chez les deux sexes, la suture du milieu des flancs du thorax est dépourvue de noir.

Orthetrum cancellatum – orthétrum réticulé

 © Marion Poiret
Orthetrum cancellatum – orthétrum réticulé. © Marion Poiret

Celui-ci n’est pas une demoiselle, c’est un représentant des anisoptères. Ce jeune Orthetrum reticulatum mâle vient d’émerger.  Les ptérostigmas noirs sont caractéristiques de l’espèce mais il n’a pas encore l’abdomen bleu de l’adulte (l’abdomen restera jaune et noir chez les femelles). L’absence de tâches noires à la base de l’aile permet de le distinguer de la libellule fauve (Libellula fulva).

Libellula fulva - la libellule fauve © Gilles Carcassès
Libellula fulva – libellule fauve © Gilles Carcassès

Chez les anisoptères (les grosses libellules), les yeux sont particulièrement développés et se rejoignent plus ou moins. La nature de leur jonction est leur premier critère d’identification. Chez les Gomphidae, les yeux sont largement séparés l’un de l’autre. A l’inverse, chez les Aeshnidae ils sont jointifs.

D’autres espèces dans nos articles précédents :

https://natureenvilleacergypontoise.wordpress.com/2015/05/22/la-libellule-deprimee/

https://natureenvilleacergypontoise.wordpress.com/2015/04/23/la-brunette-hivernale/

https://natureenvilleacergypontoise.wordpress.com/2014/10/10/qui-se-cache-derriere-le-masque/

https://natureenvilleacergypontoise.wordpress.com/2014/09/10/pris-dans-la-toile/

https://natureenvilleacergypontoise.wordpress.com/2014/07/22/lempereur-et-ses-cousines/

https://natureenvilleacergypontoise.wordpress.com/2013/08/20/les-demoiselles-sont-a-la-fete/

https://natureenvilleacergypontoise.wordpress.com/2014/05/17/libellules/

5 thoughts on “Les jolies demoiselles de l’île de loisirs”

  1. Merci beaucoup Marion pour tous ces renseignements bien précieux quand on souhaite identifier les libellules qu’on rencontre.Grâce à vous et à Gilles je me sens un peu moins ignorante ! Comment les attrapez-vous pour pouvoir ainsi nous les montrer? Avec un filet à papillons?
    J’ai rencontré « Orthetrum cancellatum » il y a 2 jours aux étangs, face à la passerelle, et je m’interrogeais justement sur son identité.
    Concernant la « Calopteryx splendens » j’ai vu énormément de mâles jusqu’à maintenant mais rarement observé la femelle. J’en ai pris une, je pense, tout récemment en Touraine mais j’avais du mal à la nommer car la forme de ses ailes est très différentes de celles si particulières du mâle. La mienne ressemble vraiment beaucoup à celle que vous montrez dans ce reportage.

    1. bonjour Michelle.
      Concernant cet article, un filet entomologique a en effet été utilisé au cours d’une formation. Vous en saurez plus demain…Mais pour les autres articles vers lesquels je vous renvoie en bas de page, il s’agit de prises de vue à distance ou parfois de macrophotographies.

      Les femelles se font souvent plus discrètes que les mâles qui restent bien visibles pour optimiser leur chance de reproduction (défense du territoire, prospection le long des berges).

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