L'actualité de la Nature

Fougères des vieux murs

L’hiver aussi on peut faire de la botanique : par exemple en explorant les vieux murs à la recherche des aspleniums. Ces fougères persistantes sont très faciles à reconnaître. Voici quatre espèces que l’on peut observer sur les murailles :

Asplenium ruta-muraria © CACP – Gilles Carcassès

La rue des murailles est la plus commune des aspleniums en Ile-de-France. Cette fissure dans un muret en béton lui a suffi !

Asplenium trichomanes © CACP – Gilles Carcassès

La capillaire des murailles est un peu moins commune. Elle se plaît sur les murs en moellons mais aussi sur ceux en pierres meulières.

Asplenium scolopendrium – Vauréal © Christophe Etchemendy

Asplenium scolopendrium ou langue de cerf affectionne les ravins des boisement humides, les vieux puits, les piles de ponts. On la trouve aussi parfois sur des murs de préférence à l’ombre.

Asplenium ceterach © CACP – Gilles Carcassès

Le cétérach se reconnaît au revers de ses frondes qui est recouvert de petites écailles argentées. Celles-ci roussissent en vieillissant. Cette fougère accompagne presque toujours les autres aspleniums mais elle est beaucoup plus rare.  Le Conservatoire Botanique National du Bassin Parisien nous apprend qu’elle a été observée en 2002 à Vauréal.

Répartition communale d’Asplenium ceterach par le CBNBP – carte du Bassin parisien (le Val d’Oise est en haut à gauche) © CACP – Gilles Carcassès

Avis de recherche

Nous vous proposons de rechercher le cétérach et aussi ses trois compagnons sur les vieux murs du territoire de Vauréal, et de consigner vos observations sur l’atlas de biodiversité participatif de cette commune. Le résultat de vos localisations sera publié dans un article du blog le 21 mai 2019. Bonne chasse !

Sources :

Asplenium, l’ancêtre, par Sauvages du Poitou

Asplenium ceterach, par le Conservatoire Botanique National du Bassin Parisien

L'actualité de la Nature

La cardère : qu’y a-t-il à l’intérieur ?

Cardères en hiver – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © CACP – Gilles Carcassès

Malgré leurs épines, les cardères ne sont pas des chardons. Ces plantes bisannuelles sont maintenant classées dans la famille des Caprifoliaceae. Leurs inflorescences sont très visitées en hiver par les chardonnerets qui en extraient les graines avec leur bec pointu.

Deux chardonnerets au parc du château de Grouchy à Osny. Celui de droite est sur une cardère © CACP – Gilles Carcassès

Voici les graines qui tombent de l’inflorescence sèche quand on la secoue :

Akènes de cardère © CACP – Gilles Carcassès

Comme je suis curieux, j’ouvre une inflorescence pour savoir comment c’est fait à l’intérieur.

Capitule de cardère ouvert © CACP – Gilles Carcassès

C’est tout creux ! Et l’on voit quelques graines encore présentes au fond de leur logement entre les bractées de l’inflorescence.

Chenille dans une tête de cardère © CACP – Gilles Carcassès

J’en ouvre une autre. Surprise : la cavité de cette inflorescence est habitée ! Une petite chenille gris clair y a accumulé une belle quantité d’excréments et a tissé un discret cocon. On voit au-dessus d’elle un orifice bien rond. Je suppose que c’est le trou d’entrée de la jeune chenille.

Que nous apprend la littérature scientifique ?

Il existe bien une noctuelle de la cardère, mais sa chenille est rayée et elle ne ressemble pas du tout à la mienne. Il s’agirait en fait de la larve d’un Endothenia, papillon de nuit de la famille des Tortricidae. Il semble que deux espèces de ce genre fréquentent ainsi les inflorescences des cardères. Distinguer les adultes de ces deux espèces est un exercice délicat, et reconnaître les chenilles encore plus difficile. J’en resterai donc au genre.

Pour espérer voir un jour le papillon, je referme délicatement l’inflorescence avec un peu de fil à coudre et je la place dans un sachet de papier épais suspendu à un arbuste du jardin. Il me faudra patienter jusqu’en avril, paraît-il.

Etonnante médication

François-Joseph Cazin, médecin et botaniste français (1788 – 1864) dans son Traité pratique et raisonné de l’emploi des plantes médicinales indigènes nous rapporte ceci (page 87) :

« On rencontre dans la partie supérieure du chardon à foulon un ver qui, écrasé sur les dents, peut, par son application, ou même par le contact des doigts avec lesquels on l’a broyé, produire un calme instantané, une cessation immédiate de la douleur odontalgique. J’ai plusieurs fois employé ce singulier moyen avec succès. La douleur revient au bout de dix, quinze ou vingt minutes ; mais une nouvelle application produit le même soulagement. Je l’ai réitérée jusqu’à cinq fois successives sur la même dent, et toujours j’ai obtenu le même résultat. J’engage les savants à faire des recherches sur les causes de cet effet vraiment extraordinaire. »

Personne n’avait mal aux dents autour de moi, on ne saura pas si cela fonctionne.

Sources :

Endothenia gentianaeana/marginana, par Les carnets nature de Jessica

Endothenia gentianaeana, par Lepiforum

Endothenia marginana, par Lepiforum

Endothenia marginana, par Ukmoths

Autre article :

On ne choisit pas sa famille

Agenda

Une sortie nature au campus de Neuville !

Dans le cadre de la journée du 28 mars 2019, point d’orgue d’une démarche de l’Université de Cergy-Pontoise pour la valorisation et l’amélioration de la biodiversité du campus de Neuville-sur-Oise, la cellule Biodiversité de la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise propose une sortie nature. Pour participer, il faut s’inscrire !

Consultez le programme de la journée du 28 mars 2019.

Retrouvez quelques-uns de nos articles sur la biodiversité des abords de l’université à Neuville-sur-Oise :

Le cimetière des escargots

Tanaisie

Le chiendent pied-de-poule

Le chevreuil du bois de Neuville

L’herbe à la ouate, une invasive qui a de l’avenir ?

Qui mange la vipérine ?

L'actualité de la Nature

La tortue de Floride se reproduit-elle à l’Ile de loisirs de Cergy-Pontoise ?

Trachemys scripta elegans, la tortue de Foride © CACP – Gilles Carcassès

Tout le monde a déjà observé ces grosses tortues qui se prélassent au soleil dans les étangs. Elles ont toutes la même histoire : quelqu’un se laisse tenter par un bébé tortue dans une animalerie, et puis l’animal vorace grossit, finit par remplir l’aquarium, ne sent pas très bon et fait preuve d’agressivité. Et, souvent faute d’autres solutions, la tortue encombrante se retrouve dans le milieu naturel. Ce n’est pas forcément un cadeau pour la nature car ces tortues américaines sont susceptibles d’avoir un impact négatif sur les populations des tortues indigènes, là où elles existent.

Tortue de Floride en ponte – Ile de loisirs de Cergy-Pontoise © Sylvain Daguenet

Elle a pondu !

Cette femelle, photographiée par un animateur nature de l’Ile de loisirs de Cergy-Pontoise au mois d’août 2016, était en ponte. Mais plusieurs facteurs limitent très fortement les chances de succès de reproduction de cette tortue en Ile-de-France.

Pour l’instant, on ne rapporte des cas de reproduction réussie que dans la moitié sud de la France. Il faut en effet une température suffisamment élevée (de l’ordre de 25 à 30°) pendant les 70 à 90 jours que nécessite l’incubation. Mais avec le réchauffement climatique, allez savoir !

Très peu de mâles !

Les conditions de températures optimisées pour la rentabilité des élevages ont abouti à la production de 90% de femelles, la température au cours de l’incubation ayant un effet direct sur le sexe des nouveaux-nés. Ce sex ratio déséquilibré, qui se retrouve naturellement dans les populations des adultes relâchés dans nos étangs, est bien sûr un facteur qui peut limiter le taux de fécondation des œufs.

L’histoire d’un commerce juteux

Au départ destinées au marché intérieur américain des nouveaux animaux de compagnie, ces tortues ont été interdites de vente aux Etats-Unis en 1975 en raison de suspicion de cas de salmonellose transmise à des enfants. Aussi, c’est tout naturellement que les producteurs américains se sont tournés vers l’exportation. On estime qu’entre 1985 et 1994, plus de 4 millions de tortues ont ainsi été importées en France.

Maintenant, c’est fini

En1997, la Commission européenne a interdit ces importations. Aujourd’hui, cette espèce fait partie des 49 espèces exotiques envahissantes réglementées en France.

Retrouvez dans nos articles d’autres animaux exotiques des bassins de l’ile de loisirs  de Cergy-Pontoise :

Les écrevisses de la base de loisirs de Cergy-Pontoise

Le glouton des profondeurs

La crevette tueuse du Danube

Sources :

Tortue de Floride, par le Conservatoire d’espaces naturels corse

Tortues de Floride, par Maison pêche et nature (ville de Levallois)

Trachemys scripta elegans, par le Centre de ressources Espèces exotiques envahissantes

Thèse de Virginie Delmas – La tortue à tempes rouges, une espèce exotique et introduite en France : premiers résultats sur les potentialités de colonisation de l’espèce (2006)

L'actualité de la Nature

Le grand lagarosiphon

Lagarosiphon major – Ile de loisirs de Cergy-Pontoise © CACP – Gilles Carcassès

Le grand lagarosiphon, originaire d’Afrique du Sud, a été massivement cultivé pour le décor végétal des aquariums. Rejeté dans le milieu naturel dès 1940, il est maintenant malheureusement présent un peu partout en France dans les milieux aquatiques.

A Cergy-Pontoise aussi

Cette plante est capable de profiter de très faibles lumières, aussi elle colonise facilement les eaux profondes. Son fort développement nuit aux autres espèces aquatiques et gêne parfois la navigation dans les étangs. Par le simple effet d’une modification du courant, ses tiges peuvent se casser et se bouturer plus loin. C’est pourquoi les opérations d’arrachages sont techniquement délicates à opérer, car sans précautions elles aboutissent plus à la multiplication de la plante qu’à son élimination. Le grand lagarosiphon colonise les étangs de l’île de loisirs de Cergy-Pontoise au point de faire régresser d’autres invasives comme les élodées !

Il n’existe pas de solution de lutte biologique efficace. Même les carpes chinoises n’en veulent pas ! Lagarosiphon major est l’une des 49 espèces exotiques envahissantes réglementées en France.

Le grand lagarosiphon – Cergy © CACP – Gilles Carcassès

Comment reconnaître le grand lagarosiphon ?

Ses tiges sont densément feuillues, et ses feuilles sont disposées en spirales, ce qui le différencie des élodées dont les feuilles sont verticillées par trois.

Elodée – Cergy © CACP – Gilles Carcassès

Retrouvez dans cet article une autre plante aquatique invasive :

La jussie rampante

Source :

Lagaroshipon major, par le Centre de ressources espèces exotiques envahissantes

L'actualité de la Nature

Retour sur une sortie champignons au parc de Grouchy le 6 mars 2019

Qui a dit « Les champignons, c’est uniquement en automne » ? Un groupe de membres de l’association Chemins et Rencontres d’Eragny-sur-Oise est venu prouver le contraire au parc du château de Grouchy mercredi 6 mars 2019, sous la houlette de Marie-Louise Arnaudy, mycophile expérimentée.

Sortie champignons – parc du château de Grouchy à Osny © CACP – Emilie Périé

Les nombreux troncs morts et tas de bois au bord des chemins ont permis de faire de belles observations de champignons spécialistes de ces milieux :

Collybie à pied velouté, Flammulina velutipes – Osny © CACP – Gilles Carcassès

Ce champignon réputé comestible ressemble beaucoup à un faux frère très toxique : méfiance ! En cliquant sur la photo, on peut vérifier l’aspect finement velouté du pied.

Tramète versicolore, Trametes versicolor – Osny © CACP – Gilles Carcassès

Le chapeau de la tramète versicolore présente des variations de gris et de noir, parfois avec du bleu. Chez les tramètes, le dessous du chapeau est percé d’une multitude de pores de petite taille.

Rhizomorphes de l’armillaire couleur de miel, Armillaria mellea – parc du château de Grouchy à Osny © CACP – Gilles Carcassès

Les rhizomorphes, filaments indurés de mycélium, sont partis à l’assaut d’un vieux tronc mort de peuplier, juste sous l’écorce. Il paraît que quand il est jeune ce mycélium est bioluminescent !

Coprin micacé, Coprinellus micaceus – Osny © CACP – Emilie Périé

Fragile et gracieux, le coprin micacé pousse en touffes serrées sur le bois mort et les vieilles souches. Il doit son nom aux peluches d’aspect micacé qui ornent son chapeau. En vieillissant ce champignon noircit beaucoup.

La sortie a aussi été l’occasion d’écouter et de reconnaître les chants des oiseaux forestiers : la sittelle torchepot, le rouge-gorge, le troglodyte mignon, le pinson, le geai des chênes…

L’examen de troncs tombés a permis de rencontrer quelques habitants du bois pourri cachés sous les écorces : la rhagie inquisitrice, un carabe, le petit silphe noir, une larve de tipule, des cloportes, des diplopodes, des collemboles sauteurs, des iules nonchalantes et d’autres mille-pattes.

Polydesmidae © CACP – Gilles Carcassès

Les Polydesmidae sont des diplopodes : ils ont deux paires de pattes par segment.

Rhagium inquisitor – Osny © CACP – Gilles Carcassès

La rhagie inquisitrice est un longicorne inféodé au bois mort des conifères. On trouve facilement l’adulte sous les écorces d’épicéa en hiver.

L'actualité de la Nature

La petite bouteille

Les nombreux boutons floraux du Magnolia lilifora de mon jardin sont une belle promesse de fleurs pour ce printemps. Sur l’un d’eux, je distingue une toute petite chose qui me paraît joliment contrastée.

Bouton floral de Magnolia liliflora © CACP – Gilles Carcassès

C’est une minuscule araignée, elle ne dépasse pas 2 mm.

Mangore petite-bouteille (Mangora acalypha) © CACP – Gilles Carcassès

Mangora acalypha est une petite araignée des friches, des landes et des prairies. Elle est très facile à reconnaître avec le dessin de bouteille à long col qui orne son abdomen. Sa teinte orangée et sa petite taille indiquent qu’il s’agit d’un jeune. Né en juillet, il a passé l’hiver sous la mousse et s’est réveillé aux premières douceurs. L’abdomen chez l’adulte est blanc, noir et jaune.

Cette araignée, de la même famille que les épeires et l’argiope fasciée, est très commune et largement répandue dans toute l’Europe. Elle attend ses proies au milieu de la toile horizontale ou oblique qu’elle tisse dans la végétation basse.

Sources :

Fiche de Mangora acalypha, par l’INPN

L’araignée Mangora acalypha, dans le blog de Jean-Yves Cordier

Agenda

Invasives : un rendez-vous du développement durable à ne pas manquer !

Les rendez-vous du développement durable de Cergy-Pontoise, rencontres ouvertes à tous et gratuites, sont organisés conjointement par la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement du Val-d’Oise et l’association Quelle Terre demain ?

Au programme de cette rencontre :

François CHIRON, chercheur au laboratoire Ecologie Systématique Evolution de l’Université Paris-Sud, sur l’approche scientifique de la notion d’espèce exotique envahissante
Gilles CARCASSES, chargé de Mission Biodiversité à la CACP, sur les espèces introduites et invasives à Cergy-Pontoise
Pablo BADIN, de la Société Nationale d’Horticulture de France, chargé de mission Jardiner Autrement, sur la lutte contre les ravageurs invasifs par des méthodes naturelles
Michel AME, référent départemental frelons asiatiques, sur la situation en Val d’Oise

La rencontre sera animée par Gérard SANDRET, président de l’association Quelle Terre Demain ? Les interventions seront suivies d’échanges avec la salle.

Myriophyllum aquaticum, le myriophylle du Brésil – Courdimanche © CACP – Marion Poiret

Pour venir, privilégiez les transports en commun : l’Hôtel d’agglomération est à deux pas de la gare de Cergy préfecture (RER A).

Retrouvez nos articles sur les espèces invasives :

Espèces exotiques envahissantes

Plantes invasives en Ile-de-France

L'actualité de la Nature

Deux syrphes de février

Syrphe – Cergy © CACP – Gilles Carcassès

Un syrphe s’est posé sur un saule nain. Je m’approche à pas de loup et le photographie sous tous les angles pour pouvoir le déterminer. Celui-ci a un bien joli ventre blanc et soyeux. Avec le dos de son thorax d’aspect assez mat, je lui trouve un bon look de Syrphus.

Les yeux de Syrphus torvus © CACP – Gilles Carcassès

Là, dans ses yeux, ce sont bien des petits poils hérissés et non des grains de pollen qui brillent au soleil ! C’est un bon critère pour distinguer Syrphus torvus des autres espèces du même genre. La base noire des fémurs vient confirmer la détermination.

Voici pour comparer une espèce proche : Syrphus ribesii, le syrphe des groseilliers, aux pattes beaucoup plus jaunes et aux yeux glabres. Celui-ci d’ailleurs est un mâle car ses yeux sont jointifs.

Syrphus ribesii © CACP – Gilles Carcassès

Ces deux Syrphus, présents dès le mois de février, sont de bons auxiliaires pour le jardinier car leurs larves consomment des pucerons. Ces espèces ont plusieurs générations dans l’année. Offrez donc aux syrphes dans votre jardin des fleurs à butiner dès la sortie de l’hiver !

Pour les amateurs de clés de détermination, je propose celle-ci, fort bien faite :

Clé pour la détermination des adultes des Syrphidae européens, par M.C.D.Speight & J.-P.Sarthou

Retrouvez d’autres syrphes dans ces articles :

Dix petits syrphes

Epistrophe

Fausse guêpe