L'actualité de la Nature

La mine digitée du robinier

D’origine américaine, Parectopa robiniella est arrivée accidentellement en Italie en 1970. Cette mineuse du robinier est aujourd’hui en passe de coloniser toute l’Europe.

Nouveau : la mineuse du robinier est à Cergy

Je l’ai vue à l’Ile de loisirs de Cergy-Pontoise, sur deux arbres près du parcours d’eau vive. Sa mine digitée est caractéristique de l’espèce.

La chenille de Parectopa robiniella est visible par transparence dans un « doigt » de la mine (cliquez pour agrandir l’image) © CACP – Gilles Carcassès

La chenille mine l’intérieur de la feuille provoquant le blanchiment de la partie correspondant à sa loge. Je l’ai invité à se montrer et je vous livre son portrait : une petite chenille verdâtre et dodue.

La chenille de Parectopa robiniella © CACP – Gilles Carcassès

Réservoir de parasitoïdes !

Ce ravageur peut nuire à l’esthétique de l’arbre quand l’infestation est importante mais il ne semble pas affecter sa croissance. Aussi la progression de cette espèce invasive n’est pas considérée comme un problème phytosanitaire majeur. Des chercheurs italiens ont même montré que la proximité de robiniers fortement infestés par ce micro-lépidoptère influait favorablement sur le contrôle biologique de la mineuse de la vigne, un autre Gracillaridae invasif présent en Italie. En effet au moins sept espèces d’hyménoptères parasitoïdes attaquent les chenilles mineuses des deux espèces. Le robinier est alors un réservoir de parasitoïdes utiles pour la protection des vignobles.

Belle attaque de Parectopa robiniella (Tarn) © CACP – Gilles Carcassès

source : http://www.revuevitiarbohorti.ch/artikel/2011_04_f_217.pdf

L'actualité de la Nature

La larve de coccinelle qui se prenait pour un mouton

Scymninae au revers d’une feuille de chêne à Cergy © CACP – Gilles Carcassès

Quelle drôle de toison !

Quand on ne sait pas ce que c’est, c’est une cochenille. Cette larve qui porte une abondante toison de cire sur le dos échappe à la règle. Elle ressemble fort à une cochenille, mais elle se déplace bien trop vite : c’est en fait un prédateur des cochenilles, une larve de coccinelle de la sous-famille des Scymninae.

Celle-ci est d’ailleurs peut-être une larve de Scymus.

Scymnus sp. – Cergy © CACP – Gilles Carcassès

Les Scymnus sont des coccinelles de très petite taille. J’ai observé celle-ci sur un pied de patate douce d’ornement dans une jardinière fleurie.

Salade australienne

Plusieurs espèces de coccinelles sont utilisées en lutte biologique pour contrôler les cochenilles. La plus connue est Cryptolaemus montrouzieri. Originaire d’Australie, cette Scymninae est utilisée en serres pour protéger les cultures d’orchidées, mais aussi les agrumes, concombres, melons, aubergines, et diverses plantes vertes d’origine tropicale. En extérieur, elle peut s’attaquer aux cochenilles farineuses des hortensias, tilleuls, houx, marronniers… Cette espèce s’est acclimatée sur la Côte d’Azur, et sans doute ailleurs en France.

Cochenille australienne © CACP – Gilles Carcassès

Cette grosse espèce de cochenille a fait le tour du Monde. La cochenille australienne (Icerya purchasi) a débarqué en Californie en 1868, où elle a fait de gros dégâts dans les vergers d’agrumes. Elle est maintenant cosmopolite et régulée par Rodolia cardinalis (Coccidulinae), une autre coccinelle australienne, qui a été introduite et acclimatée avec succès à mesure des pullulations de ce ravageur : 1887 en Californie, 1912 à Menton, 1999 au Jardins des Plantes à Paris pour soigner des tamaris et des citronniers épineux infestés.

Retrouvez notre article sur d’autres mangeuses de cochenilles

L'actualité de la Nature, L'actualité des jardins

Le pouillot véloce, agent de biocontrôle

Phylloscopus, le pouillot véloce © CACP - Gilles Carcassès
Phylloscopus collybita, le pouillot véloce © CACP – Gilles Carcassès

On connaissait l’efficacité attestée des mésanges dans la lutte contre la processionnaire du pin. Voici le pouillot véloce, grand amateur d’insectes, promu officiellement à son tour agent de biocontrôle.

Une étude récente de l’INRA Bordeaux-Aquitaine (1) a étudié les conditions de l’efficacité de la prédation des chenilles parasites de la vigne par les oiseaux insectivores (comme le rougequeue à front blanc et le pouillot véloce) et a démontré l’effet bénéfique de l’hétérogénéité du paysage.

Ainsi, dans une perspective de réduction de l’usage de produits phytosanitaires par le secours des oiseaux insectivores, il peut donc être utile, nous disent les scientifiques, d’enherber les rangs de vigne en diversifiant les espèces ensemencées, et de ménager dans la vigne ou son environnement proche une mosaïque d’habitats favorables aux oiseaux, comme des buissons, des arbres et des prairies. Les grandes monocultures et la terre nue ne sont pas propices à la biodiversité, on s’en doutait un peu.

Semis de pois dans un vignoble en bio en Alsace © CACP - Gilles Carcassès
Semis de pois dans un vignoble en bio en Alsace © CACP – Gilles Carcassès

Des oiseaux insectivores pour contrôler les insectes ravageurs des vignobles, un article de l’INRA (2016)

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J’ai un problème de noisettes

Noisettes trouées © CACP - Gilles Carcassès
Noisettes trouées © CACP – Gilles Carcassès

Le responsable de ces dégâts est le balanin, un petit charançon dont la larve me confisque la récolte dévolue à la confection de mes gâteaux aux noisettes.

Curculio nucum, le balanin des noisettes © CACP - Gilles Carcassès
Curculio nucum, le balanin des noisettes (sur un tout petit sédum) © CACP – Gilles Carcassès

A l’aide de son rostre allongé, le balanin femelle perce l’involucre des noisettes vertes puis y introduit un oeuf. La larve, lorsqu’elle a consommé tout l’intérieur de la noisette, fore la coquille et se laisse tomber au sol pour se nymphoser sous la litière où elle restera plusieurs années. L’adulte émerge au printemps, se nourrit de divers végétaux et grimpe dans les noisetiers quand les noisettes sont formées. Le balanin peut compromettre 80 % de la production d’un verger de noisetiers.

Heureusement, j’ai trouvé une parade biologique.

Reine de la nuit, experte en balanins © CACP - Gilles Carcassès
Reine de la nuit, experte en balanins © CACP – Gilles Carcassès

En grattant sous les noisetiers à la recherche des larves et des adultes, mes deux poules ont régulé la population du ravageur. Quelques noisettes sont encore véreuses, mais beaucoup moins qu’avant.

Ma récolte 2016 de noisettes © CACP - Gilles Carcassès
Ma récolte 2016 de noisettes  ! © CACP – Gilles Carcassès

Cette année, on va pouvoir faire des gâteaux aux noisettes.

Le projet « biocontrôle du balanin de la noisette », par l’INRA (2016)

Le BSV Noisette (août 2016)

© CACP - Gilles Carcassès
Affichage au poulailler © CACP – Gilles Carcassès

La clé du succès : la formation des poules.

L'actualité des jardins

La liste des produits de biocontrôle est enfin parue !

Piège à phéromone © Gilles Carcassès
Piège à phéromone © Gilles Carcassès

C’était la dernière pièce manquante pour l’application de la loi Labbé : la liste des produits de biocontrôle que les jardiniers pourront utiliser. Et pour les jardiniers professionnels, il était temps, l’interdiction d’utilisation des produits phytosanitaires sur les espaces verts, voiries, promenades et forêts s’appliquera à partir du 1er janvier 2017.

Le Ministère de l’Agriculture a émis le 3 novembre 2016 une note de service d’application immédiate, avec en annexe la liste des produits de biocontrôle tant attendue. Cette liste classée par substances actives et spécialités commerciales s’articule en trois groupes de produits :

« les produits phytopharmaceutiques de biocontrôle comprenant des micro-organismes »

On y trouve bien sûr les différentes souches de Bacillus thuringiensis, utiles pour lutter contre les chenilles processionnaires ou la pyrale du buis, par exemple.

« les produits phytopharmaceutiques de biocontrôle comprenant des médiateurs chimiques comme les phéromones et les kairomones »

Les pièges à phéromones, qui associent des phéromones pour attirer des insectes ravageurs à une substance insecticide à effet létal, rentrent aussi dans cette catégorie.

« les produits phytopharmaceutiques de biocontrôle comprenant des substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale »

Parmi les produits d’origine végétale, on trouve les extraits d’ail et de fenugrec, la laminarine, les pyréthrines, l’huile de colza esthérifiée, le poivre (répulsif lapins ou sangliers)… Les acides acétique et pélargonique (désherbants) ont conquis leur place dans la liste.

La liste sera actualisée au minimum tous les six mois, précise la note.

Pour connaître les usages autorisés de chacun des produits de la liste, il faut les chercher dans le site https://ephy.anses.fr/. Et là, on constate que certains ne sont homologués qu’en culture légumière, ou en viticulture, ou en grandes cultures, ou en cultures fruitières…

Rappelons que les jardiniers pourront utiliser aussi les produits utilisables en agriculture biologique et ceux à faible risques : voir notre article Les phytos, on arrête !

 

Agenda

Biocontrôle : journée d’information à la SNHF

Le conseil scientifique de la Société Nationale d’Horticulture de France organise une journée gratuite sur le biocontrôle, cet ensemble de méthodes de protection des végétaux qui utilise des mécanismes naturels respectueux de l’environnement.affiche-biocontrole2Voici le programme de cette journée :

  • 9h30 – 10h10 : La protection biologique intégrée et le biocontrôle Principes et importance dans la gestion des ravageurs et maladies des plantes, par Philippe Reignault (professeur des universités, Université du Littoral Côte d’Opale)
  • 10h10 – 10h50 : Biocontrôle. Quelques jalons remarquables dans l’histoire des agricultures par Jean-Louis Bernard (membre de l’Académie d’Agriculture de France)
  • 10h50-11h20 : Ce que dit la réglementation par Delphine di Bari (DGAL chargée de mission biocontrôle et utilisation des produits phytopharmaceutiques compatibles avec le développement durable)
  • 11h40- 12h40: Les 4 catégories de biocontrôle, exemples en jardin et en horticulture
  • 11h40 -12h10 : Protection des plantes à l’aide de microorganismes, état de l’art et perspectives, Marc Bardin (directeur de recherche Inra Avignon)
  • 12h10 -12h40: Protection des plantes à l’aide des stimulateurs de défenses des plantes ou SDP : état de l’art et focus sur le pommier par Marie-Noëlle Brisset (chargée de recherche, Inra Angers)
  • 12h40- 14h Déjeuner
  • 14h-14h30 : Les médiateurs chimiques : le présent et les perspectives dans le cadre du biocontrôle des insectes nuisibles, par Brigitte Frérot (ingénieur de recherche, docteur en biologie, Inra Versailles)
  • 14h30-15h : Utilisations des macro-organismes en lutte biologique : intérêts et limites, par Nicolas Ris (ingénieur de recherche, INRA Institut Sophia-Agrobiotech)
  • 15h -15h30 Discussion générale
  • 16h15-16h30 : Conclusion, par Yvette Dattée (présidente du conseil scientifique de la SNHF, membre de l’Académie d’agriculture de France)

C’est gratuit, 20 € pour le repas. Pour s’inscrire

Chrysope : le modèle sublimé par l'artiste qui a créé l'affiche © Gilles Carcassès
Chrysope : le modèle, sublimé par l’artiste qui a créé l’affiche. Les chrysopes sont des auxiliaires très efficaces pour la lutte contre les pucerons © Gilles Carcassès

Quelques-uns de nos articles relatifs aux agents de biocontrôle :

Les praons, parasites des pucerons

Le téléphore fauve, prédateur des escargots

Les plantes favorables aux insectes auxiliaires

 

L'actualité des jardins

La cicadelle pruineuse est en Ile-de-France !

Metcalfa pruinosa, la cicadelle pruineuse © Gilles Carcassès
Metcalfa pruinosa, la cicadelle pruineuse © Gilles Carcassès

Cet homoptère américain  invasif est arrivé à Marseille en 1985. Depuis, il s’est répandu dans tout le sud de la France. C’est un ravageur de la vigne et des espèces fruitières, mais il peut s’attaquer à beaucoup d’espèces d’arbres et d’arbustes. Il sécrète un miellat si abondant que des apiculteurs commercialisent du miel de metcalfa !

Dans les régions infestées, l’introduction d’un micro-hyménoptère parasitoïde américain Neodryinus typhlocybae  en 1996 a permis d’engager une lutte biologique par acclimatation qui semble efficace.

Cet insecte vient d’être signalé pour la première fois en Ile-de-France par le Jardin du Luxembourg, sur des troènes.

Surveillez vos troènes !…

Source : Actualités Phyto – la lette d’information phytosanitaire, n°80 de la DRIAAF Ile-de-France, août 2016

 

L'actualité de la Nature

Bien fait pour la punaise

J’ai trouvé cette plaque de ponte sur une feuille de sceau-de-Salomon dans mon jardin. Ponte de papillon, de coléoptère, ou bien de punaise ? La forme en tonnelet et le type d’ornementation des œufs m’oriente vers une ponte de punaise. Et sans doute même la punaise verte, Nezara viridula. Plusieurs œufs sont percés ; je mets la feuille et sa ponte dans un bocal pour voir ce qui va sortir des œufs encore intacts.

Ponte de punaise sur une feuille de Polygonum © Gilles Carcassès
Ponte de punaise sur une feuille de Polygonatum © Gilles Carcassès

Je m’en doutais : les agités du bocal ne sont pas des bébés punaises, ce sont des micro-guêpes parasitoïdes qui sautent et virevoltent en tous sens.

Parasitoïde des œufs de punaise © Gilles Carcassès
Parasitoïde sorti d’un œuf de punaise © Gilles Carcassès

Il paraît que ce sont les membres de la famille des Scelionidae qui sont les spécialistes du parasitage des œufs de punaise. En l’occurrence, ils font bien, car Nezara viridula est une espèce invasive d’origine africaine qui fait pas mal de dégâts sur les cultures en serre. Après une séance photo sportive dans le bocal, je libère tout le monde.

Nezara viridula © Gilles Carcassès
Nezara viridula adulte © Gilles Carcassès

La voici, Nezara viridula, trouvée cet été sur les fruits d’un sureau yèble.

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Le téléphore fauve

Rhagonycha fulva, le téléphore fauve - Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès
Un couple de téléphores fauves (Rhagonycha fulva) – Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

Rhagonycha signifie « aux ongles fendus ». Il faudrait regarder de bien près ! Pour reconnaître cette espèce, les critères sont les suivants : longues antennes noires, thorax roux uni et brillant, élytres brun-roux aux extrémités noires, pattes rousses aux tarses noirs.

Le téléphore fauve est l’un des coléoptères les plus courants sur les ombelles en été. Ces coléoptères se nourrissent de pollen mais aussi de pucerons et d’autres petits insectes qui visitent les fleurs. Leurs larves carnivores vivent au sol et consomment des insectes et des escargots.

Jardiniers, si les téléphores fauves ont pris d’assaut les fleurs de carotte ou de berce commune dans votre jardin, réjouissez-vous : les auxiliaires sont là !

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Coucou, le Praon est sorti !

Le puceron parasité a livré son hôte.

La nervation des ailes confirme le genre Praon et avec ces couleurs, ce pourrait être Praon volucre, l’un des plus connus. Evidemment, cet insecte est minuscule : pensez, pour tenir tout entier recroquevillé dans la momie d’un puceron ! Il mesure à peine 2 mm.

Praon - Cergy © Gilles Carcassès
Praon – Cergy © Gilles Carcassès

Cette espèce est un auxiliaire naturel indigène, utilisé pour protéger les cultures en serre des attaques des pucerons. Il est d’ailleurs conseillé d’ajouter quelques rosiers, bien garnis de pucerons, comme plantes relais avec la culture à protéger car les pucerons du rosier sont aussi parasités par Praon volucre, et cela aide à multiplier la population de ce parasitoïde. Chaque femelle Praon pendant sa courte vie (11 jours) peut parasiter jusqu’à 500 pucerons. Et les générations se succèdent tous les 15 jours tant qu’il fait chaud !

Praon volucre par l’INRA