L'actualité de la Nature

Le carabe purpurin

Carabus violaceus purpurascens – Boisemont © CACP – Gilles Carcassès

Je l’avoue, j’ai encore dérangé une bestiole. Ce carabe dormait bien tranquillement sous une branche pourrie, près d’une mare dans les bois de Boisemont. Je l’ai extrait doucement de sa cachette et je l’ai placé sur la mousse pour vous le présenter dans un environnement plus seyant. On devine sur la marge de ses élytres finement rayées et ponctuées le reflet pourpre qui a donné son nom à cette sous-espèce.

Ces insectes n’ont pas d’ailes !

Les carabes sont incapables de voler car leurs élytres sont soudés, et ils sont dépourvus d’ailes membraneuses. Leur faible capacité de dispersion explique la multiplication des sous-espèces et la variabilité des formes géographiques. Pour un carabe, chaque forêt est comme une île dont on ne peut s’échapper qu’accidentellement (via le transport de grumes ou la musette d’un entomologiste par exemple !).

A l’aisselle de sa patte médiane est fixé un acarien (cliquez sur la photo pour l’agrandir). Souvent les coléoptères transportent ainsi des acariens. J’en ai déjà observé sur un bousier.

Ici, c’est une femelle : les mâles ont les articles des tarses des pattes antérieures nettement plus élargis. C’est une adaptation pour attraper les femelles et les saisir fermement pendant l’accouplement !

Carabus violaceus pupurascens – Boisemont © CACP – Gilles Carcassès

Ses mandibules sont impressionnantes ! Dans la forêt ce carabe est un grand chasseur, il consomme la nuit des limaces, des escargots, des larves d’insectes et des vers. Sa tête allongée est particulièrement bien adaptée pour rentrer dans les coquilles… On retrouve cette particularité anatomique chez les silphes, ces redoutables tueurs d’escargots.

La séance photos finie, je l’ai replacé sous sa branche et j’ai remis tout en ordre pour qu’il passe cette fin d’hiver bien à l’abri.

Sources :

Carabus violaceus pupurascens, par l’INPN

Carabes alliés de la biodiversité et de l’agriculture par P. Léveillé (INRA)

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La coccinelle orange

Halyzia sedecimguttata, au revers d’une feuille d’Eleagnus x ebbingei – Cergy © CACP – Gilles Carcassès

Le revers des feuilles d’Eleagnus x ebbingei est joliment argenté.

Cacopsylla fulguralis © CACP – Gilles Carcassès

Cet arbuste hybride, persistant et très vigoureux, a été obtenu en 1928 par le croisement de deux espèces d’Eleagnus. Il fut très en vogue auprès des jardiniers de la fin du XXème siècle.

Il l’est un peu moins depuis l’arrivée en France en 1999 de Cacopsylla fulguralis, un psylle invasif d’origine asiatique, qui peut provoquer le jaunissement de la plante et de fortes attaques de fumagine.

Halyzia sedecimguttata © CACP – Gilles Carcassès

Toujours est-il que ses épaisses frondaisons fournissent à nombre d’insectes des sites d’hivernage. En explorant le dessous de ses rameaux, j’ai trouvé cette belle coccinelle orange, l’une de nos espèces de coccinelles à points blancs.

Elle mange des champignons !

Halyzia sedecimguttata est réputée mycophage, c’est-à-dire qu’elle broute le mycélium des champignons qui poussent sur les feuilles des arbres. En réalité, elle chasse aussi de petites proies.

A bien y regarder, ma coccinelle orange n’a pas l’œil très frais, et l’une de ses pattes a l’air bien mal en point ! Il y a fort à parier qu’elle ne se réveillera pas au printemps. Aurait-elle subi l’attaque d’un parasitoïde ?

Source :

Coccinelles mycophages, par l’OPIE

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Coléoptères, fins stratèges !

Les mandibules des insectes ne servent pas qu’à l’alimentation. On connaît bien sûr les joutes entre mâles des espèces pourvues de mandibules très développées, comme le lucane. Mais elles peuvent aussi servir à découper le végétal, dans le but de saboter les défenses chimiques des plantes, pour se cacher des prédateurs ou encore fournir un nid à leur progéniture !

Voici trois exemples de ces découpes stratégiques :

Henosepilachna argus – Eragny-sur-Oise © CACP – Gilles Carcassès

Avant de consommer cette feuille de bryone, Henosepilachna argus, la coccinelle de la bryone, a soigneusement incisé la feuille selon une longue ligne arrondie en pointillés (en partie basse de la photo ci-dessus). Elle s’attaque ensuite à la partie en aval de cette découpe. Il paraît que de cette façon elle sabote le système de défense chimique de la plante. Ce comportement est à rapprocher de celui de certaines chenilles qui sectionnent les canaux lactifères de feuilles de plantes à latex avant de les consommer tranquillement, hors d’atteinte des gouttes d’un latex à la fois collant et toxique. La bryone n’est pas une plante à latex mais il est possible que sa sève se charge de produits inappétants pour les insectes lorsqu’une feuille est blessée. Avec cette incision, l’insecte couperait le chemin de la sève vers la partie convoitée.

Couple de coccinelles de la bryone © CACP – Gilles Carcassès

Cette femelle de coccinelle de bryone a découpé cette feuille et a commencé à en mâchouiller le parenchyme. Mais un mâle entreprenant est venu interrompre son repas !

Tituboea sexmaculata © CACP – Gilles Carcassès

Maladroite, cette chrysomèle qui coupe après son repas l’extrémité du rameau sur laquelle elle est installée ? Peut-être que non : certains insectes feraient ainsi pour cacher leurs méfaits et déjouer la gourmandise des oiseaux qui les cherchent parmi les feuilles grignotées… Ne pas laisser de traces pour ne pas attirer l’attention.

L’oeuvre élégante et savante du cigarier du noisetier © CACP – Gilles Carcassès

Apoderus coryli, le cigarier du noisetier découpe très précisément une feuille de façon à en faire pendre un large lambeau qu’il roule sur lui-même avec ses petites pattes musclées. En séchant, ce « cigare » servira d’abri solide et de garde-manger à sa larve.

Apoderus coryli, jeune adulte issu d’un de mes élevages  © CACP – Gilles Carcassès

Source :

Le sabotage des défenses des feuilles, par Alain Fraval / Insectes n°186 – 3éme trimestre 2017

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Petite coccinelle à 14 points

Coccinula quatuordecimpustulata, vue cet été dans le Lot © CACP – Gilles Carcassès

Cette toute petite coccinelle, je ne l’ai vue qu’une fois, et comme elle est brillamment colorée et facile à repérer, j’en déduis qu’elle n’est pas archi commune. Je sais peu de choses d’elle : que mon individu est un mâle, car la femelle a une barre noire en long sur la face. Je l’ai trouvée sur une fleur de carotte sauvage au bord d’une petit route de campagne. On rencontrerait cette espèce surtout dans les zones sèches et herbeuses. Il paraît que ses larves consomment des pucerons, comme de nombreuses autres espèces de coccinelles.

L’espèce a été repérée dans les Yvelines et dans l’Oise mais pas dans le Val d’Oise. Encore un effort, Mesdames et Messieurs les coccinellistes !

Retrouvez d’autres articles sur les coccinelles :

Les coccinelles à points blancs

J’ai vu une coccinelle rose !

La reine des coccinelles

Connaissez-vous la coccinelle à damier ?

La coccinelle asiatique

 

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La bruche de l’arbre de Judée

Bruchidius siliquastri © CACP – Gilles Carcassès

Débandade !

Ce pied de tanaisie recouvert d’oïdium était le terrain de jeux de petits coléoptères gris. J’ai pu faire cette photo. En voulant m’approcher, ils se sont tous laisser tomber. Avec cet abdomen rouge qui dépasse largement des élytres, je ne vois qu’une espèce qui leur ressemble : Bruchidius siliquastri, la bruche de l’arbre de Judée. Cet insecte n’a été décrit qu’en 2007, mais il paraît largement répandu. La nourriture de sa larve est la graine de l’arbre de Judée.

Gousse de Cercis siliquastrum © CACP – Gilles Carcassès

Trous de sortie

Sur cette gousse d’arbre de Judée, on distingue deux trous bien ronds. Ils trahissent la sortie de deux bruches qui se sont développées chacune dans une graine. J’ai vu celle-ci à Marly-le-Roi, et on m’a signalé la présence de cet insecte au parc de l’Amitié à Rueil-Malmaison. J’ai inspecté les gousses de l’arbre de Judée qui décore mon jardin. Pas une n’est trouée… Encore un coup de mes poules, sans doute !

L’arbre de Judée

Cercis siliquastrum, l’arbre de Judée © CACP – Gilles Carcassès

D’origine méditerranéenne, l’arbre de Judée est souvent utilisé dans les jardins pour sa spectaculaire floraison printanière qui apparaît avant les feuilles.

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La chrysomèle de Banks

Chrysolina bankii © CACP – Gilles Carcassès

Immanquable, cette chrysomèle sur sa fleur de zinnia ! Les élytres brillants et fortement ponctués sont noirs avec des reflets cuivrés. La tête, les palpes, les antennes, les pattes et le dessous du corps sont d’un beau rouge Bordeaux.

Chrysolina bankii, vue de profil © CACP – Gilles Carcassès

Pas de doute, c’est la chrysomèle de Banks. On rencontre Chrysolina bankii sur les menthes et d’autres Lamiaceae comme le marrube. J’ai photographiée cette espèce méridionale en Aveyron. Elle est également présente dans tout l’ouest de la France, et aurait même été vue dans le Val d’Oise, selon l’INPN. Ouvrons l’œil !

Chrysolina polita – Pontoise © CACP – Gilles Carcassès

Attention à ne pas la confondre avec Chrysolina polita, la chrysomèle polie, qui fréquente aussi les menthes !

Retrouvez d’autres articles sur les chrysomèles :

Elles mangent les lavandes

Bonbon à la menthe

Le gribouri à deux taches

Casside

Petits bijoux cachés dans les herbes

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Mes belles nuits d’été – 2

La lumière le soir n’attire pas que les papillons de nuit. La preuve, ces autres espèces sont venues sur la terrasse éclairée :

Stictocephala bisonia © CACP – Gilles Carcassès

Le membracide bison (Stictocephala bisonia) est un homoptère américain naturalisé en France depuis le 19 ème siècle.

Distoleon tetragrammicus © CACP – Gilles Carcassès

Le fourmilion longicorne (Distoleon tetragrammicus) est un névroptère souvent attiré la nuit par les lumières. Le plus commun en Ile-de-France, Euroleon nostras a les antennes plus courtes.

Curculio sp. © CACP – Gilles Carcassès

Un balanin, d’espèce indéterminé, peut-être Curculio nucum, le balanin des noisettes ?

Copris lunaris © CACP – Gilles Carcassès

Il est arrivé en bourdonnant, a rebondi sur mon épaule avant de se cogner lourdement au mur. Ce maladroit est un Copris lunaire (Copris lunaris) qui creuse sous les bouses de vaches, pour y enfouir de la matière et y déposer ses œufs. Il est très utile pour la décomposition des excréments.

Acariens phorétiques © CACP – Gilles Carcassès

D’une pierre deux coups : entre les pattes du scarabée, des passagers clandestins ! Ces acariens désireux de changer de bouse s’accrochent au scarabée, comme des citadins prendraient le bus. C’est juste un moyen de transport.

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Elles mangent mes lavandes !

Larve de Chrysolina americana © CACP – Gilles Carcassès

Sur les lavandes

Démasquée, la petite bête qui grignote le bord des feuilles de lavande ! C’est une larve de coléoptère, et même de chrysomèle. Sa forme dodue me rappelle celle de la larve du doryphore, une autre chrysomèle. Ici il s’agit de Chrysolina americana, la chrysomèle du romarin.

On rencontre souvent sur les lavandes les adultes de cet insecte originaire des régions méditerranéennes (comme ne le laisse pas entendre son nom latin).

Chrysolina americana sur une lavande – Cergy © CACP – Gilles Carcassès

Et aussi sur les romarins…

Couple de Chrysolina americana – Cergy © CACP – Gilles Carcassès

Ou parfois sur d’autres Lamiaceae…

comme ce Perovskia atriplicifolia, plante vivace très utilisée dans les jardins de ville pour sa floraison estivale d’un joli bleu.

La chrysomèle du romarin © CACP – Gilles Carcassès

Retrouvez notre article :

Carrossée comme une américaine

 

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Bonbon à la menthe

Chrysolina herbacea sur un pied de menthe © CACP – Gilles Carcassès

Un coléoptère rondouillard et vert métallique brille au soleil sur un pied de menthe. C’est la chrysomèle de la menthe, Chrysolina herbacea. La larve comme l’adulte ne consomment que des menthes, de différentes espèces. On prétend que cet insecte concentre les composés odorants de la plante dans son corps, ce qui le rendrait peu consommable pour ses prédateurs.

Chrysolina herbacea, la chrysomèle de la menthe © CACP – Gilles Carcassès

Que faire ?

Comment réguler les populations de cet insecte sur la menthe du jardin ? S’il y en a vraiment beaucoup, il faut faire comme pour les doryphores : le ramassage à la main !

En France, la famille des chrysomèles (les Chrysomelidae) compte plus de 600 espèces, parmi lesquels de nombreux ravageurs des cultures, comme les criocères et les doryphores.

Retrouvez nos articles :

Une autre Chrysolina que l’on peut voir sur les menthes

Et celle du romarin

 

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Des petites bêtes sur mes noisettes – la suite

Voici d’autres petites bêtes observées sur les fruits de mon noisetier pourpre.

Larve de gendarme © CACP – Gilles Carcassès

Celle-ci est une larve de gendarme. Les gendarmes, Pyrrhocoris apterus, affectionnent surtout les fruits des tilleuls et des mauves.

Bruche © CACP – Gilles Carcassès

Ce coléoptère rondouillard est une bruche, probablement de l’espèce Bruchus affinis. Ses larves consomment les graines des gesses à larges feuilles qui poussent au pied de mon noisetier.

Larve de chrysope © CACP – Gilles Carcassès

Un terrible prédateur inspecte tous les recoins à la recherche de pucerons : c’est la larve d’un chrysope. Avec ses mandibules en crochets, il est bien armé pour la chasse !

Retrouvez nos articles :

Qui a peur des gendarmes ?

Une histoire de bruche

La vie de la chrysope

Des petites bêtes sur mes noisettes (épisode 1)