L'actualité de la Nature, L'actualité des jardins

Langue-de-serpent

Un ami botaniste m’a signalé la présence d’une plante rare à Pontoise. Intéressé, j’accours ! A l’adresse indiquée, je suis aimablement accueilli par la gestionnaire d’un parc privé, elle me montre fièrement un endroit dans sa prairie. Voyons cela : des brunelles, des pâquerettes, des véroniques, un peu de plantain, du lierre terrestre… Ah oui, il y a aussi une plante que je ne connais pas ! Pas vraiment spectaculaire, il faut avoir l’œil dessus !

Je vous présente Ophioglossum vulgatum :

Ophioglossum vulgatum – Pontoise © Gilles Carcassès

Ophioglossum vulgatum est une toute petite fougère à feuille entière qui affectionne les prairies inondées une partie de l’année. Cette espèce est en fort déclin en Ile-de-France, en raison de la disparition des prairies humides. Il resterait à peine une dizaine de stations de cette plante dans le Val d’Oise.

De la base de cette feuille naîtra une fronde fertile allongée, étroite et pointue, c’est cet organe qui vaut à la plante son nom vernaculaire de langue-de-serpent. La plante était autrefois employée pour soigner les maux de gorge.

Mon hôtesse m’explique que la gestion du parc en question est justement en pleine mutation. Certaines parties qui étaient tondues sont depuis ce printemps gérées de façon différenciée, par fauche avec exportation, laissant toutes leurs chances aux gracieuses marguerites et aux orchidées sauvages !

Cette fougère supporte mal la concurrence des autres plantes, aussi pour la favoriser il faudrait retirer les semis naturels d’érables et faucher régulièrement cet endroit, à bonne hauteur bien entendu pour épargner ses frondes.

Retrouvez dans ce article une autre fougère rare :

On retrouvé le cétérach !

L'actualité de la Nature

La grande prêle

Equisetum telmateia – Saint-Ouen l’Aumône © CACP – Gilles Carcassès

Ces étranges pousses qui émergent le long du bassin Blanche de Castille à Saint-Ouen l’Aumône sont les tiges fertiles de la grande prêle, Equisetum telmateia. 

Épis fertiles de Equisetum telmateia – Saint-Ouen l’Aumône © CACP – Gilles Carcassès

Cette plante appartient au groupe des fougères. Elle se reproduit donc à partir de spores. Les épis que l’on voit sur les images ci-dessus sont les parties fertiles de la plante. Toutes les cellules productrices de spores (les sporanges) y sont regroupées.

La grande prêle est l’une des prêles les plus communes, parmi les 6 espèces présentes en Île-de-France. Elle sporule (« fleurit » pour une fougère) assez tôt dans le printemps. On peut donc voir dès le mois de mars ces grandes tiges blanchâtres dans les milieux relativement humides (ici la berge du bassin).

Equisetum telmateia – Saint-Ouen l’Aumône © CACP – Emilie Périé

Comme toutes les prêles, Equisetum telmateia, se développe à partir d’une tige rhizomateuse (souterraine) qui donne naissance à des pousses fertiles (en blanc crème sur l’image) et non fertiles (on voit les tiges de l’an dernier, fanées et séchées sur l’image). Deux espèces, Equisetum telmateia et Equisetum arvense, partagent une particularité : les tiges fertiles sont non chlorophylliennes et non ramifiées alors que les tiges stériles sont chlorophylliennes, donc vertes (bien que sèches sur la photo) et très ramifiées.

Tige stérile de Equisetum telmateia en été © CACP – Gilles Carcassès

Pour reconnaître telmateia il faut ensuite s’intéresser à l’intérieur de la tige qui est extrêmement creux (il suffit de presser la tige pour s’en rendre compte).

Coupe de tige de Equisetum telmateia vue au microscope © CACP – Emilie Périé

Ne pas confondre

On utilise souvent une autre espèce de prêle en ornement dans les jardins ou au bord des bassins. Il s’agit d’un cultivar horticole de Equisetum hyemale, la prêle d’hiver, dont la variété sauvage est devenue très rare dans la région. Bien que grande aussi, on la différencie aisément de telmateia puisque ses tiges fertiles sont vertes.

Equisetum hyemale horticole – Saint-Ouen l’Aumône © CACP – Emilie Périé

Sources :

La flore d’Île-de-France, par Philippe Jauzein et Olivier Nawrot

La grande prêle, par FLORIF

La grande prêle, par TelaBotanica

Retrouvez dans nos articles d’autres histoires de fougères :

Le polypode

Le cétérach

Fougères des vieux murs