La processionnaire du chêne

Nid de chenilles processionnaires du chêne - Jouy-le-Moutier © CACP - Gilles Carcassès

Nid de chenilles processionnaires du chêne (Thaumatopoea processionea) – Jouy-le-Moutier © CACP – Gilles Carcassès

Sous cette branche charpentière d’un chêne rouge d’Amérique, les chenilles processionnaires ont construit en été un solide nid de soie en forme de poche appliquée sur l’écorce. Elles se sont nymphosées à l’intérieur, les papillons ont émergé en août et les femelles ont pondu sur les rameaux. Leurs œufs n’écloront qu’au printemps au moment du débourrement de l’arbre, et les chenilles se nourriront des feuilles.

Ces nids qui contiennent encore les chrysalides vides peuvent rester fixés plusieurs années. Comme ils contiennent beaucoup de poils urticants des chenilles, il ne faut surtout pas les manipuler sans équipement de protection. Cette persistance du pouvoir urticant fait que ces chenilles restent dangereuses après leur mort parfois durant plusieurs années, c’est pourquoi les élagueurs peuvent être exposés en toute saison.

Dans les secteurs fréquentés par du public, en cas de fortes infestations, il peut être utile de traiter au printemps les très jeunes chenilles avant leur stade urticant. Il faut pour cela surveiller la végétation des chênes, car il convient d’intervenir dès que les jeunes feuilles sont suffisamment déployées pour recueillir le produit de traitement que les chenilles vont consommer. Le produit à utiliser est une toxine du bacille de Thuringe, c’est un produit de biocontrôle autorisé en espaces verts.

Les pièges d’interception sur le tronc, utilisés pour les chenilles processionnaires du pin, sont inopérants pour la processionnaire du chêne car cette espèce ne descend pas au sol.

En ce qui concerne la lutte par confusion sexuelle ou par capture des papillons mâles, l’INRA, associé à l’ONF, a commencé en 2016 des tests de molécules de phéromones (1). Il faudra attendre encore quelques années avant de disposer de ces produits.

Comme pour les chenilles processionnaires du pin, l’installation de nichoirs à mésanges peut aider à réguler les populations de ce ravageur.

La chenille processionnaire du chêne se nourrit des feuilles des chênes de différentes espèces. Parfois, elle s’en prend aussi aux charmes et aux bouleaux.

(1) Des phéromones testées en forêt contre la processionnaire du chêne, par Forestopic (2016)

 

La sortie de l’empereur

J’ai observé cette exuvie dans les collections pédagogiques de la Maison de la nature de Vauréal. Il s’agit de la dépouille d’une nymphe de grande libellule, abandonnée après sa sortie de l’eau. Elle a été trouvée fixée à une tige d’herbe au bord d’un bassin du Domaine national de Marly-le-Roi.

Exuvie d'un Anax imperator © Gilles Carcassès

Exuvie © Gilles Carcassès

L’adulte s’est extrait en déchirant le dos de l’enveloppe de la nymphe, désormais vide.

Le masque de l'Anax imperator © Gilles Carcassès

Le masque de l’exuvie © Gilles Carcassès

Placée sur le dos, cette exuvie montre sous sa tête le masque articulé qui sert à la larve aquatique pour capturer ses proies. Il manque deux pattes à l’exuvie, elles sont peut-être restées accrochées dans l’herbe sur le lieu de la découverte. Sur cette photo, on voit très bien les ébauches des quatre ailes, en arrière des pattes.

Les critères de détermination pour l'exuvie d'Anax imperator © Gilles Carcassès

Les critères de détermination pour l’exuvie d’Anax imperator © Gilles Carcassès

Armé du guide de détermination, je mesure, compare, calcule… J’arrive facilement à la famille des Aeschnidae, caractérisée par le grand masque plat.

Le genre Anax est confirmé par la forme de la bordure arrière des yeux.

Pour aller à l’espèce, il faut observer les proportions du masque, et la taille de « l’expansion de l’épiprocte »(heureusement qu’il y a des illustrations dans le guide !).

Le rapport de la longueur sur la largeur maximale du masque est de l’ordre de 1,5 et la longueur de l’expansion de l’épiprocte est égale à la moitié de la longueur des cerques qui l’entourent. Ouf! On y est, il s’agit d’un mâle d’Anax imperator. Chouette, encore une enquête résolue.

Anax imperator, ici une femelle en ponte © Gilles Carcassès

Anax imperator, ici en ponte dans la végétation d’une mare © Gilles Carcassès

Le petit agrion bleu derrière cet Anax imperator donne l’échelle : c’est l’une des plus grandes libellules d’Europe. On la rencontre couramment sur nos bassins et étangs de Cergy-Pontoise, notamment au parc François-Mitterrand à Cergy.

Un sympetrum adulte émerge de la nymphe sortie de l'eau © Gilles Carcasses

Un Sympetrum sp. adulte en train d’émerger de la nymphe sortie de l’eau, au parc François-Mitterrand à Cergy © Gilles Carcassès

Retrouvez notre article sur la découverte à l’île de loisirs de Cergy-Pontoise d’une exuvie d’Aeshna mixta, une autre espèce de grande libellule (voir notamment le schéma de fonctionnement du masque)

Pourquoi l’étude des exuvies est indispensable pour caractériser la reproduction des espèces d’odonates, par Cettia Ile-de-France

 

Le Flambé

Vous rappelez-vous les papillons qui se chauffent au soleil de l’été ? Les jours rallongent maintenant, courage, ce sera bientôt là !

Iphiclides polidarius, le Flambé © Gilles Carcassès

Iphiclides podalirius, le Flambé © Gilles Carcassès

Le Flambé est un papillon assez commun en Ile-de-France mais son habitat dispersé lui vaut son statut de « quasi menacé » sur la liste rouge régionale des papillons de jours. Il fréquente les landes, les friches buissonnantes, les haies et les lisières forestières car sa plante hôte préférée est Prunus mahaleb, une sorte de prunellier qui pousse dans ces milieux.

En Val d’Oise, c’est dans la Réserve naturelle nationale des coteaux de la Seine (La Roche-Guyon) que l’on aura le plus de chance de le rencontrer, en mai, puis en août pour la deuxième génération. Au jardin, on observe ce papillon sur les fleurs des buddleias qui semblent l’attirer particulièrement, et sur la lavande.

La fiche du Flambé dans l’Atlas des papillons de jour et des zygènes d’IdF

Ce papillon vole en hiver

Ypsolopha mucronella © Gilles Carcassès

Ypsolopha mucronella © Gilles Carcassès

De loin, en vol, je l’avais pris pour une chrysope.  Sur le parvis de La Défense, ce n’était pas banal. L’insecte a fini par se poser sur un olivier en bac. Ce prétendu chrysope s’avère être en fait un papillon de nuit. Les antennes tenues droit devant et sa belle moustache m’orientent vers la famille des Ypsolophidae.

Ypsolopha mucronella est un des rares papillons que l’on peut voir voler en plein hiver : le pic d’observation est entre février et avril. Sa chenille consomme les feuilles de différentes espèces de fusains. Quelques massifs de fusains couvre-sols et arbustifs dans les jardinières à proximité expliquent la présence de ce papillon de nuit.

Parc François-Mitterrand à Cergy : la nature en hiver

© Gilles Carcassès

Platane, au parc François-Mitterrand à Cergy © Gilles Carcassès

Le parc François-Mitterrand, depuis les travaux de rénovation écologique, est devenu un haut lieu de la biodiversité ordinaire. Cela n’a pas échappé à quelques étudiants au sens artistique développé.

© Gilles Carcassès

Mouettes sur le bassin gelé © Gilles Carcassès

Très bruyantes et bien visibles, une cinquantaine de mouettes rieuses ont établi leur quartier d’hiver dans le parc, comme l’an dernier. Elles sont venues d’Europe du Nord et de l’Est, attirées par la douceur du climat. Je guette depuis début décembre le retour de nos habituées de Pologne, de Belgique et de Tchéquie.

L'une de nos mouettes tchèques est revenue - Cergy décembre 2016 © Gilles Carcassès

L’une de nos mouettes tchèques est arrivée – Cergy décembre 2016 © Gilles Carcassès

Cliquez sur l’image pour lire le numéro de la bague posée par le Muséum de Prague : ES 15.728 est bien là ! Cette native de Vojkovice  était déjà venue en janvier 2015.

D’autres habitants du parc sont plus discrets en cette saison.

© Gilles Carcassès

Gendarmes en planque © Gilles Carcassès

Sur le tronc de ce cèdre, chaque fissure est mise à profit. Les gendarmes se pressent les uns contre les autres dans ces abris en attendant le retour des beaux jours. Mais regardez bien, ne dirait-on pas qu’une autre espèce, avec un point blanc tout rond sur la membrane noire, occupe aussi les lieux ?

© Gilles Carcassès

Melanocoryphus albomaculatus, sous l’antenne d’un gendarme – Cergy © Gilles Carcassès

Effectivement, quelques Melanocoryphus albomaculatus ont rejoint les troupes de gendarmes. Ces punaises consomment les fruits des Astéracées, notamment ceux des séneçons. Les gendarmes, quant à eux, se nourrissent des fruits des tilleuls et aussi des mauves. Ici, point de tilleuls à proximité, mais une très belle prairie riche en mauves et en séneçons.

Harmonia axyridis © Gilles Carcassès

Harmonia axyridis – Cergy © Gilles Carcassès

Une coccinelle asiatique, retardataire, inspecte les fissures du tronc et cherche un logement encore vacant pour se mettre à l’abri du froid. Tu t’y prends bien tard, petite coccinelle…

 

Le Père Noël des insectes

Tout en rouge et blanc, il est arrivé par la voie des airs jusqu’à ma fenêtre, la nuit de Noël. Serait-ce le Père Noël des insectes ?

Ophion sp © Gilles Carcassès

Ophion sp. © Gilles Carcassès

C’est un Ophion, de la famille des Ichneumonidae. Les trois billes noires qu’il porte sur sa tête entre ses yeux sont ses ocelles. Elles sont particulièrement développées, car cet insecte est de mœurs nocturnes. Les ocelles sont sensibles aux variations de lumière.

Ophion sp à ma fenêtre © Gilles Carcassès

Ophion sp. à ma fenêtre © Gilles Carcassès

Les ophions sont des parasites des chenilles, de noctuelles paraît-il. Ces hyménoptères de grande taille au vol lent sont observés couramment car ils sont attirés en hiver par la lumière des maisons. Il est recommandé de ne pas les prendre dans la main, car ils peuvent piquer pour se dégager. Leur venin est moins puissant que celui des guêpes, mais tout de même…

A la même fenêtre, j'ai observé Dicranopalpus ramosus, l'oplion cerf © Gilles Carcassès

A ma fenêtre, j’ai observé au même moment l’inoffensif Dicranopalpus ramosus, l’opilion cerf, avec ses drôles de palpes ramifiés © Gilles Carcassès

Le père Noël des insectes aurait-il garé là son renne magique ?

Quelles plantes pour les auxiliaires ? Le site à connaître

auximore« Auximore, cultivons les auxiliaires » est un projet piloté par la Chambre d’agriculture de Picardie qui rassemble les compétences de prestigieux partenaires : ACTA, Agroof, Arvalis, CETIOM, CETU Innophyt, Chambre d’agriculture de Charente maritime, INRA, Muséum national d’Histoire naturelle, Université de Lorraine.

Le site d’Auximore, fort bien fait, présente une série de fiches à l’usage des agriculteurs pour guider leur choix dans la mise en place de plantations favorables aux auxiliaires. Parmi ces fiches, je vous recommande cette liste de 107 plantes, sauvages ou cultivées, avec l’indication pour chacune d’elles des services rendus dans le contrôle des ravageurs.

Vous trouverez dans cette autre fiche des conseils pour la création d’une bande fleurie avec des adresses de fournisseurs de semences spécialisés.

Je vous conseille encore ce tableau des arbustes favorables aux auxiliaires (et de ceux qu’il faut éviter) pour l’établissement des haies de bords de champs.

Bien que ces recommandations s’adressent aux acteurs du monde agricole, ces connaissances partagées seront aussi très utiles aux jardiniers, qu’ils soient professionnels ou amateurs.

Hippodamia variegata, une petite coccinelle allongée butinant le fenouil du jardin des cuisiniers du CROUS © Gilles Carcassès

Hippodamia variegata, une petite coccinelle allongée, butinant le fenouil © Gilles Carcassès

Le nectar facilement accessible du fenouil est apprécié des coccinelles, des syrphes et du coléoptère auxiliaire Ragonycha fulva. Pour toute cette petite faune, laissons fleurir au jardin les carottes, fenouils, cerfeuils, panicauts et autres apiacées.

colletes hederae ressemble à l'abeille domestique. Elle est reconnaissable aux rayures de son abdomen.

L’hyménoptère Colletes hederae fréquente assidûment les fleurs de lierre. © Gilles Carcassès

La floraison tardive du lierre est attractive pour de nombreuses espèces pollinisatrices. Une haie variée et fleurie est le meilleur atout pour la protection biologique du jardin.

Mégachile sur une fabacée © Gilles Carcassès

Mégachile à l’approche devant une fleur de fabacée © Gilles Carcassès

Les trèfles, les luzernes, le sainfoin et les fabacées en général nourrissent de nombreuses espèces de papillons et d’hyménoptères pollinisateurs ou parasitoïdes. Un gazon sans trèfles, c’est une misère pour les auxiliaires.

Retrouvez notre précédent article : Les plantes favorables aux auxiliaires