L'actualité de la Nature

L’azuré porte-queue

Lampides boeticus, l’azuré porte-queue © CACP – Gilles Carcassès

J’ai profité d’une dernière belle journée de novembre pour voir si les plates-bandes fleuries du potager fruitier du château de La Roche-Guyon étaient encore visitées par des insectes. Je croyais rencontrer des bourdons sur les fleurs des grands tithonias, mais à ma grande surprise, c’est un papillon qui s’est présenté ! Celui-ci est brun avec de longs poils bleus sur le dessus du corps et des ailes ; deux ocelles noirs encadrent une fine queue sur chaque aile postérieure. C’est l’azuré porte-queue. Je ne l’avais encore jamais vu ! Sa chenille consomme de nombreuses espèces de fabacées : pois, luzernes, ajoncs, baguenaudier…

Lampides boeticus – La Roche-Guyon © CACP – Gilles Carcassès

Au revers, il est brun marbré de beige avec une barre claire bien marquée sur l’aile postérieure. Quelques écailles vertes illuminent ses ocelles.

Un grand migrateur

Ce papillon est commun dans le sud de la France, on le trouve dans les cultures, les friches, les prairies, les jardins. Malgré sa petite taille, c’est un bon migrateur et il ne passe pas l’hiver dans notre région. Cette espèce a été vue l’été dernier à Montreuil ; peut-être fréquente-t-elle aussi Cergy-Pontoise ? Il faudra patienter jusqu’à l’été prochain pour prospecter car les observations se font généralement entre août et octobre…

La fiche de l’espèce dans l’Atlas des papillons de jour sur Cettia Ile-de-France

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La couleur bleue chez les lépidoptères

Reflet bleu vif

La couleur bleue chez les papillons est souvent le résultat d’une iridescence liée à des microreliefs de surface. Elle apparaît alors intensément sous certains angles seulement. C’est le cas par exemple chez le mâle du Petit mars changeant.

Apatura ilia, le Petit mars changeant – Osny © CACP – Gilles Carcassès

Chez les Lycaenidae, les mâles de beaucoup d’espèces ont une coloration bleue plus ou moins étendue. On nomme parfois ces papillons des « azurés » :

Polyommatus icarus mâle, l’Azuré commun – Cergy © CACP – Marion Poiret
Aglais io, le paon de jour – Cergy © Gilles Carcassès

Chez le paon du jour, les écailles bleues sont limitées aux ocelles.

Les chenilles aussi !

Certaines chenilles ne sont pas en reste, comme celle de ce sphinx tête-de-mort :

Acherontia atropos – Loire-Atlantique © Jean-Pierre Moulin

La chenille de ce papillon de nuit migrateur affectionne particulièrement les feuilles de pomme de terre. C’est l’une des plus grosses chenilles que l’on peut rencontrer en France. Elle est ordinairement d’une teinte jaune, ornée de larges rayures bleues. Bravo au photographe d’avoir su repérer cette forme rare sur le terre-plein d’une route nationale !

Voir aussi notre article :

Petit papillon vert, quel est ton secret ?

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Mes belles nuits d’été

A la nuit tombée, de nombreuses espèces sont attirées par la lumière de la terrasse. C’est l’occasion de découvrir les papillons de nuit dont on sait qu’ils sont beaucoup plus nombreux et variés que les papillons de jour. Et certains sont vraiment superbes !

Cyclophora annularia © CACP – Gilles Carcassès

La Phalène mariée (Cyclophora annularia) est un Geometridae amateur d’érables.

Lythria purpuraria © CACP – Gilles Carcassès

L’Ensanglantée des renouées (Lythria purpuraria) se nourrit de la renouée des oiseaux. C’est aussi un Geometridae. Celui-ci est un mâle, reconnaissable à ses antennes pectinées.

Pseudoips prasinanus © CACP – Gilles Carcassès

La Halias du hêtre (Pseudoips prasinanus) apprécie aussi les chênes et les bouleaux. C’est un représentant de la famille des Nolidae.

Ptilodon cucullina © CACP – Gilles Carcassès

Le Capuchon (Ptilodon cucullina) est un Notodontidae des érables.

Oncocera semirubella © CACP – Gilles Carcassès

La Phycide incarnat (Oncocera semirubella) est un Pyralidae dont la chenille se nourrit de légumineuses.

Macroglossum stellatarum © CACP – Gilles Carcassès

Certains sont venus à pied, comme cette chenille de moro-sphinx !

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La mine digitée du robinier

D’origine américaine, Parectopa robiniella est arrivée accidentellement en Italie en 1970. Cette mineuse du robinier est aujourd’hui en passe de coloniser toute l’Europe.

Nouveau : la mineuse du robinier est à Cergy

Je l’ai vue à l’Ile de loisirs de Cergy-Pontoise, sur deux arbres près du parcours d’eau vive. Sa mine digitée est caractéristique de l’espèce.

La chenille de Parectopa robiniella est visible par transparence dans un « doigt » de la mine (cliquez pour agrandir l’image) © CACP – Gilles Carcassès

La chenille mine l’intérieur de la feuille provoquant le blanchiment de la partie correspondant à sa loge. Je l’ai invité à se montrer et je vous livre son portrait : une petite chenille verdâtre et dodue.

La chenille de Parectopa robiniella © CACP – Gilles Carcassès

Réservoir de parasitoïdes !

Ce ravageur peut nuire à l’esthétique de l’arbre quand l’infestation est importante mais il ne semble pas affecter sa croissance. Aussi la progression de cette espèce invasive n’est pas considérée comme un problème phytosanitaire majeur. Des chercheurs italiens ont même montré que la proximité de robiniers fortement infestés par ce micro-lépidoptère influait favorablement sur le contrôle biologique de la mineuse de la vigne, un autre Gracillaridae invasif présent en Italie. En effet au moins sept espèces d’hyménoptères parasitoïdes attaquent les chenilles mineuses des deux espèces. Le robinier est alors un réservoir de parasitoïdes utiles pour la protection des vignobles.

Belle attaque de Parectopa robiniella (Tarn) © CACP – Gilles Carcassès

source : http://www.revuevitiarbohorti.ch/artikel/2011_04_f_217.pdf

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Bouh, fais-moi peur !

Chenille de Polygonia c-album © CACP – Gilles Carcassès

Sous une feuille d’ortie, j’ai trouvé la chenille du Robert-le diable. J’ai retourné doucement la feuille et en approchant mon appareil photo, elle a pris cette curieuse posture, soulevant son postérieur (la tête est à gauche sur la photo). Ses appendices épineux ainsi exhibés sont sûrement dissuasifs pour un certain nombre de prédateurs potentiels.

La rangée de « hublots » le long de ses flancs, ce sont des stigmates. C’est par là qu’elle respire.

Un monstre à deux têtes ?

Chenille de Polygonia c-album (détail) © CACP – Gilles Carcassès

En insistant dans mon approche, elle a bombé le dos. J’ai cru y voir le dessin d’un monstre à deux têtes, aux bras épineux !

Quel papillon deviendra cette singulière chenille ?

Le papillon qui succèdera à la chenille doit son surnom de Robert le diable à sa couleur de feu et à la découpe à la diable (c’est-à-dire désordonnée) de ses ailes. Pour ce qui est de son nom scientifique, on distingue nettement le « c-album » (une lettre c blanche) sur le dessous de son aile postérieure.

Polygonia c-album © CACP – Gilles Carcassès

Retrouvez nos articles :

Le Grand diable

Robert le diable, génération de printemps

Cheveux du diable

 

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L’Azuré de la luzerne

Leptotes pirithous, l’Azuré de la luzerne © CACP – Gilles Carcassès

Dans la famille des « petits bleus » (Lycaenidae) qui volètent de fleurs en fleurs dans la prairie ou le jardin, je vous présente l’Azuré de la luzerne. Ses plantes hôtes sont la luzerne mais aussi d’autres fabacées, et encore les salicaires, certaines bruyères… Le dessus des ailes est brun plus ou moins lavé de bleu chez la femelle, bleu plus affirmé chez le mâle. Cette espèce méditerranéenne est installée également sur le littoral atlantique. Comme c’est aussi un migrateur, il n’est pas impossible de rencontrer ce papillon en Ile-de-France : un individu a été observé dans le jardin écologique du Jardin des plantes à Paris, fin septembre 2016.

Leptotes pirithous butine ici des fleurs de sarriette vivace (photographié dans le Tarn) © CACP – Gilles Carcassès

Le voici sous un autre angle. Observez les deux ocelles marqués d’un bleu brillant et la petite queue qui ornent l’aile postérieure (cliquez sur l’image pour l’agrandir). Attention, on pourrait le confondre avec le Brun du pélargonium, une espèce sud-africaine devenue commune en Ile-de-France, qui présente aussi des ailes au revers gris brun marbré et une petite queue. Mais les dessins sont nettement différents.

Brun du pélargonium (Cacyreus marshalli) sur une fleur de pâquerette – Cergy © CACP – Gilles Carcassès

L’Azuré de la luzerne fera-t-il à nouveau une apparition cet automne en Ile-de-France ? Ouvrons l’œil !

Retrouvez d’autres portraits de Lycaenidae :

Le Collier de corail

L’Azuré des nerpruns

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Insectes de la vallée de la Bièvre

Ishnura elegans, l’agrion élégant © CACP – Gilles Carcassès

Natureparif avait invité le 14 septembre 2017 les animateurs nature d’Ile-de-France a une journée de formation sur les insectes, animée par François Lasserre, enseignant, formateur et auteur de nombreux ouvrages d’entomologie. La vallée de la Bièvre, de Guyancourt à Jouy-en-Josas, fut notre terrain de jeux.

Je me suis exercé lors de cette journée à prendre des photos rapprochées avec mon smartphone. La prise de vues nécessite un peu de dextérité : il faut tenir l’appareil d’une main, bien parallèle au sujet, mettre au point et déclencher avec le doigt de l’autre main sans trembler, tandis que la troisième main tient le brin d’herbe pour empêcher l’insecte de bouger dans le vent… Mais les résultats sont intéressants, avec une assez belle lumière et une bonne profondeur de champ. Les trois photos de cet article ont été prises avec le smartphone.

Au bord de la rivière, nous avons pu observer quelques odonates, entre deux averses : un Anax, des Sympetrum et de fluets agrions, comme celui sur la photo ci-dessus.

Larve d’Aeshnidae. dans un bac d’observation © CACP – Gilles Carcassès

Une pêche au troubleau (grosse épuisette très solide) a permis de remonter la petite faune du fond d’une mare. Cette imposante larve d’odonate, sûrement un Anax, a eu droit à une séance photos de star avant d’être relâchée dans son milieu. Au printemps prochain, elle fera sa sortie de l’eau pour se transformer en adulte. En attendant, elle prend des forces en dévorant de nombreux animaux aquatiques, y compris des larves d’autres libellules d’espèces plus petites.

Nous avons testé plusieurs jeux d’équipes sur le thème des insectes. Là, j’ai pu mesurer l’étendue de mes lacunes en psychomotricité…. Ce qui m’a le plus intéressé, c’est un jeu tactile très simple, à faire en binôme : ma coéquipière m’avait bandé les yeux et je devais deviner, uniquement au toucher, quel insecte elle plaçait dans ma main.

Macrothylacia rubi, le bombyx de la ronce © CACP – Gilles Carcassès

Je vous mentirais si je vous disais que j’avais reconnu la chenille du bombyx de la ronce. Je m’étais arrêté à « grosse larve » et, sans la vue, je l’avais imaginée, du bout des doigts, verte et non poilue ! Je vous recommande cette expérience, c’est très étonnant !

Inquiète et contrariée de se faire ainsi manipuler, cette chenille s’était roulée fermement en boule, méritant son surnom d’anneau du diable. Je peux attester qu’elle n’est pas urticante.

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La phalène anguleuse

Un subtil camouflage

Timandra comae, la phalène anguleuse, (les anglais disent « veine de sang ») – parc de Grouchy à Osny © CACP – Gilles Carcassès

Quand il est au repos, ce papillon aligne ses ailes de façon à faire parfaitement coïncider la ligne rose qui barre ses ailes antérieures et postérieures, donnant ainsi l’illusion d’une ligne continue. Comme pour de nombreuses autres espèces de Geometridae, les motifs sur les ailes ont sans doute pour effet de tromper des prédateurs.  Dans la photo ci-dessus, les lignes du papillon ne sont-elles pas en rapport avec celles des herbes sèches sur lesquelles il se tient ? Même quand on l’a vu se poser, il n’est pas si aisé de le retrouver, immobile dans son environnement, malgré sa couleur claire.

Timandra comae, la phalène anguleuse, est commune dans les prairies humides. Sa chenille consomme des rumex et d’autres Polygonaceae.

Ici, c’est une femelle, car ses antennes sont fines et non largement plumeuses comme celles des mâles de son espèce.

Retrouvez d’autres articles sur les papillons Geometridae :

Fausse brindille

Le géomètre à barreau

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Méfiez-vous des faux bruns !

Crottes roses sur un pélargonium – Cergy © CACP – Gilles Carcassès

Belles crottes colorées

Voilà la signature d’une larve d’insecte qui mange les fleurs et perce les boutons de ce pélargonium. Et je sais qui est le coupable : c’est le brun du pélargonium ! Ce papillon venu d’Afrique du Sud sévit dans la coin depuis une dizaine d’années. Ses chenilles ne sont pas faciles à repérer car elles sont en tenue de camouflage. J’en trouverai sûrement une dans un bouquet floral.

Boutons floraux de pélargonium percés par une chenille © CACP – Gilles Carcassès

Sur un pédoncule floral, je trouve effectivement une bestiole bien mimétique.

Surprise ! Ce n’est pas la chenille du brun du pélargonium, c’est autre chose ! Mais quoi ?

Chenille de Cacyreus marshalli  © Gilles Carcassès

Une chenille de Brun du pélargonium, ça ressemble à ça : dodue, vert tendre rayée de rose, délicatement poilue. Et pas du tout de petites cornes sombres sur le dos ! Il m’a fallu l’aide de plusieurs experts pour identifier ma bête : c’est une chrysalide de Pterophoridae, probablement Amblyptilia acanthadactyla. 

Les chenilles de ce papillon mangent un peu de tout : lavande, euphraise, calament, romarin, menthe, ancolie, épiaire, germandrée, géranium, chénopode, bruyère, carline, myrtille…

Si vous voulez savoir à quoi ressemble un papillon de la famille des Pterophoridae, il y en a un dans cet article : La faune de la sente des prés à Eragny (dernière photo).

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La rosette

Miltochrista miniata – Osny © CACP – Gilles Carcassès

Encore un papillon de nuit qui vole le jour ! J’ai croisé dans le parc de Grouchy à Osny ce petit rose joliment décoré sur une feuille de cirse maraîcher. Sa chenille ne consomme pas cette plante, mais les lichens qui poussent sur les troncs des chênes.

On l’appelle communément la Rosette, allez savoir pourquoi ?

Miltochrista miniata appartient à la famille des Erebidae, comme l’Ecaille marbrée récemment observée dans ce parc.

Chenilles mangeuses de lichens, de mousses et d’hépatiques par Rémi Coutin