L'actualité de la Nature

Cassida, un ovni chez les coléoptères

Couple de cassides sur une feuille de tanaisie – Neuville-sur-Oise © CACP – Gilles Carcassès

Au bord des bassins d’infiltration des eaux pluviales derrière l’Université à Neuville-sur-Oise, on trouve de beaux massifs de tanaisie. Cette plante vivace vigoureuse, à la forte odeur camphrée, a la solide réputation de repousser les insectes. Nos aïeux en plaçaient dans la litière, au chenil et au poulailler, pour combattre les parasites. On trouve sur internet quelques recettes pour soigner les plantes à base de tanaisie, mais cette espèce contient des composés toxiques pour l’Homme et pour cette raison elle n’a pas été homologuée comme substance de base par la Commission européenne. Elle n’est pas non plus dans le dernier tableau des produis de biocontrôle (version du 28 mars 2017). Aussi, je ne recommande pas son usage.

Un drôle d’insecte est capable de résister à son arsenal chimique. Sa forme en bouclier fait penser à une punaise, mais c’est un coléoptère, de la famille des chrysomèles. Il arbore le même vert franc que sa plante de prédilection : très discret, il n’est pas facile à observer.

Prudemment, la casside a sorti une patte, un oeil et ses antennes © CACP – Gilles Carcassès

C’est une casside, probablement l’espèce Cassida stigmatica, qui présente comme celle-ci trois taches brunes bien marquées à la base des élytres.

Casside sur le dos © CACP – Gilles Carcassès

J’ai retourné la bête pour vous montrer comment elle peut se cacher entièrement sous sa carapace.

Les cassides sont souvent joliment colorées. En Ile-de-France, on peut chercher Cassida murraea (rouge ou verte, tachée de noir) sur les pulicaires, Cassida azurea (bleue) sur les saponaires, Cassida viridis (verte) sur les menthes, Cassida vibex (verte et brune) sur les chardons… En tout, 38  espèces de cassides du genre Cassida sont répertoriées en France.

Retrouvez une autre casside dans notre article sur le cirse des maraîchers

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Tanaisie

Tanaisie en fleurs - Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès
Tanaisie en fleurs – Neuville-sur-Oise © Gilles Carcassès

On trouve la tanaisie presque exclusivement aux bords des voies de communication : fleuves, routes et chemins. Cette voyageuse d’origine probablement asiatique a peut-être suivi les grandes invasions. On peut imaginer les hordes de Barbares apportant avec eux leur pharmacopée traditionnelle : des graines de toutes les plantes utiles pour soigner Hommes et chevaux, et les semant dans les endroits où ils établissaient des campements durables. En fermant les yeux devant ces touffes de tanaisie, on pourrait presque entendre le hennissement des chevaux des steppes et les comptines des enfants dans une langue disparue.

L’odeur aromatique et camphrée de cette plante laisse soupçonner ses vertus médicinales. On lui prête une certaine efficacité antiparasitaire. La plante était autrefois employée contre les puces et les tiques, on en mettait quelques brassées dans la niche du chien. A forte dose la plante est abortive. Appelée autrefois « l’herbe aux vers », sa culture dans les jardins était déjà recommandée au 8ème siècle.

La tanaisie fleurit en été et en automne et ses fleurs sont très durables. On utilise parfois dans les jardins une variété ornementale crispée à feuilles de fougère. Quelques pépiniéristes la commercialisent sous l’appellation Tanacetum vulgare crispum. Comme l’espèce sauvage, c’est une vivace rhizomateuse assez conquérante.

Tanacetum vulgare crispum © Gilles Carcassès
Tanacetum vulgare crispum est ici associée à des asters © Gilles Carcassès

Des chercheurs ont testé ses effets en lutte biologique sur l’eudémis, un papillon ravageur de la vigne dont les chenilles perforent les grains de raisins. La tanaisie se comporte comme une plante piège : elle attire les femelles accouplées de ces papillons et elle inhibe leur comportement de ponte. Merci les Barbares !